EPISODE / PART 1

MON GRAND VOYAGE : ETHIOPIE 1976-78 : 20 mois à travers 10 pays

MY GREAT TRIP : ETHIOPIA 1976-78 :

20 Months across 10 Countries

Episode 1 : Vol AF489 pour Addis-Abeba 11 Nov.1976

Part 1: Flight AF489 to Addis Ababa 11 Nov.1976

Si vous arrivez directement sur cette page, lisez ensuite LA PAGE D’INTRODUCTION ET LE SOMMAIRE.

If you arrive directly at this page, please read THE INTRODUCTION PAGE AND THE CONTENTS afterwards.

Le jeudi 11 novembre 1976, après le repas de midi, je prends le train à Rouen, ma ville natale, en Normandie, France, puis le métro à Paris, un train à la gare du Nord et enfin un autobus pour l’aéroport de Roissy. Je retrouve trois coopérants rencontrés au stage à la RICA (voir Prologue) et nous nous envolons vers 20h. C’est mon baptême de l’air. Voler dans ces gros appareils n’a rien d’impressionnant, pas plus qu’un voyage en train ou en autocar. Mais on ressent bien la puissante accélération au moment où l’appareil va prendre son essor et c’est agréable. L’avion fait escale au Caire et je peux me dégourdir les jambes sur le tarmac au pied de la passerelle. Le ciel de nuit se dégage mais il vient de pleuvoir. Pendant le vol, j’ai chaud et soif et je me désaltère d’un gobelet de jus d’orange pris à un distributeur, mais j’avale trop vite la boisson glacée et je manque de m’évanouir. L’escale de Khartoum est escamotée à cause du mauvais temps. J’essaie alors d’apercevoir le sol soudanais à travers les nuages, alors que le jour se lève. L’avion se pose à Addis-Abeba, nous passons la douane sans encombre et nous sommes accueillis par deux personnes de la mission pégagogique française, qui nous conduisent en ville. Je suis un peu déçu du temps qu’il fait aujourd’hui à 9 degrés de latitude nord: On se croirait en Normandie en mars. Il fait frais, humide, très nuageux, avec de fortes giboulées, en ce 12 novembre. Nous sommes onze nouveaux coopérants. Nous passons les premiers jours en démarches diverses, prises de contacts, flâneries en ville et comparaison des petits restaurants. Nous goûtons le plat traditionnel, l’injera, fait d’une sorte de grande crêpe acide que l’on partage en en prenant des morceaux avec les doigts, morceaux – accompagnés ou non de viande, d’œufs et de fromage – que l’on trempe dans une sauce rouge très pimentée. On l’accompagne de tedj (hydromel) et de talla (sorte de bière). C’est très bon, mais il faut s’y habituer. Nous sommes provisoirement logés dans un dortoir aménagé dans l’enceinte de l’Ecole Normale Supérieure de Français, jouxtant le Lycée Franco-Ethiopien.

On Thursday the 11th of November 1976, after lunch, I take a train in Rouen, the town where I was born, in Normandy, France, then the underground in Paris, then another train and at last a bus to Roissy Airport. I join there three companions I had met at the summer course in Paris (see Prologue), and we take off at about eight. It’s my first flight. Flying on those big aircraft is not impressive, no more than a journey on a train or a coach. But it’s pleasant when the mighty engines roar and the plane accelerates powerfully just before taking off. The plane stops first in Cairo and I can stand and stretch my legs a bit on the tarmac at the gangway foot. The night sky is clearing up but it’s just been raining. During the flight, I’m warm and I staunch my thirst with a plastic cup of orange juice got from a machine, but I swallow the icy drink too quickly and I almost faint. The Khartoum stop is skipped because of the bad weather. I try to sight the Sudanese ground through the clouds while the day is breaking. The plane lands in Addis Ababa, we pass through the customs without a hitch and are greeted by two people from the French educational mission, who drive us to town. I’m rather disappointed about to-day’s weather. It looks like Normandy in March: it’s cool, wet, grey, with frequent showers, on this 12th of November, 9 degrees north from the equator. There are eleven of us, recently-arrived young people serving on Voluntary Service Overseas. We spend the first days making contacts, doing diverse steps, going for strolls in town, and testing different places to eat at. We taste the traditional national dish, the injera, made of a kind of large acid pancake you share taking off pieces with your fingers. You dip those pieces – which may be going with meat, eggs and cheese – in a very spiced red sauce. With it you drink tej (mead) and talla (a sort of beer). It’s very good but you have to get used to it. We find provisional lodging in a makeshift dormitory fitted out near the Franco-Ethiopian High School, on the grounds of the Grande Ecole for training of French language teachers.

aa-Ethiopie Addis-Abeba Lycée Guebre Mariam 15.11.76-

Quelques jours plus tard, le soleil est revenu sur Addis. C’est le moment de sortir l’appareil photo. Je pose ici devant le Lycée Franco-Ethiopien Guebre Mariam, sur l’avenue Churchill, le 15 nov. On ne peut manquer, en arrivant à Addis, de remarquer l’odeur d’eucalyptus omniprésente: cet arbre originaire d’Australie prospère ici et fournit ombre et combustible.

A few days later, the sun has come back on Addis. It’s the right time to take the cameras out. You can see me in front of the Guebre Mariam Franco-Ethiopian High School, on Churchill Avenue, on the 15th of November. When you arrive in Addis, you can’t fail to notice the smell of eucalyptus. Those trees, native to Australia, are thriving here and provide shade and fuel.

ab-Ethiopie Addis-Abeba Lycée Guebre Mariam 15.11.76-

Le zabagna (gardien) du Lycée. Le « bâton de zabagna » traditionnel qu’il tient peut s’ouvrir comme un fourreau, découvrant une dangereuse lame de couteau. Voir Episode 11. Mais heureusement, cet usage est plutôt passé de mode.

Here is the High School zabagna (guard). The traditional ‘zabagna stick’ he is holding can be opened like a sheath, uncovering a dangerous knife blade. See Part 11. Fortunately, it’s no longer really in use.

ac-Ethiopie Addis-Abeba Av.Churchill Pl.Tewodros 15.11.76-

Le haut de l’avenue Churchill, au niveau de la place Tewodros (15 nov.). La perspective est dominée par la Municipalité, au Nord. La voie qui monte à droite est l’ancienne avenue Churchill, qui mène à la “Piazza”, quartier commerçant. Je séjournerai presque deux mois dans l’immeuble cubique à droite du centre de l’image l’année suivante. Voir Episode 11.

Here is the upper part of Churchill Avenue, with Tewodros Square, looking northwards to the Municipality (15 Nov.). Off the roundabout to the right starts the former Churchill Avenue that leads to the commercial and lively quarter nicknamed ‘Piazza’. I’ll be staying in the cubic building on the right of the picture centre the next year for almost two months. See Part 11.

ad-Ethiopie Addis-Abeba Mercato 18.11.76-

A gauche du rond-point Tewodros, vers l’ouest, part une rue qui mène au Mercato, très grand marché à ciel ouvert (18 nov.).

Off the Tewodros roundabout, westwards, on the left, a street leads to a very large open air market called the Mercato (18 Nov.).

ae-Ethiopie Addis-Abeba Mercato 18.11.76-

Une autre image du Mercato (v.aussi Episode 18). Addis est une ville de contrastes: entre les immeubles modernes s’installent des habitations pauvres. Dans la rue, les étrangers sont souvent sollicités par des enfants ou vendeurs tentant de se procurer un peu d’argent.

Another view of the Mercato (see also Part 18). Addis is a very contrasted town: between modern buildings, poor dwellings are gathering. In the streets, foreigners are often approached by children or hawkers attempting to get a little money. 

af-Ethiopie Addis-Abeba Grande Mosquée 18.11.76-

La Grande Mosquée d’Addis-Abeba, proche du Mercato, le même jour.

Addis-Ababa Great Mosque, near the Mercato, on the same day.

ag-Ethiopie Addis-Abeba Pl.Unité 19.11.76-

Un taxi collectif devant la Banque Commerciale d’Ethiopie, place de l’Unité, vers le bas de l’avenue Churchill, le 19 nov. Pour arrêter ces petites voitures bleues à toit blanc (généralement des Fiat 1100), vous tendez le bras en avant et vous criez votre destination par la vitre ouverte. Si cela correspond à l’itinéraire approximatif du chauffeur, il vous prend, sinon il réaccélère. Le prix de la course est soumouni (25 centimes), mais pour un long trajet, le chauffeur demande (à l’avance) amsa sentim (50 centimes). La monnaie locale vient de changer de nom, ce n’est plus le Dollar éthiopien mais le Birr, et les nouveaux billets et pièces vont apparaître. Pour 1ETH.Birr, on a environ 2FF (en 1976, bien sûr).

Here is a collective taxi in front of the Commercial Bank of Ethiopia, Unity Square, on Churchill Avenue, on the 19th of November. To stop those small white-roofed blue cars (usually Fiat 1100), you stretch you arm forward and you shout where you want to go through the open window. Either it suits the driver and he takes you or he speeds up. The fare is sumuni (25 cents), but for a long ride, the driver will demand amsa sentim (50 cents) when you get in. The local currency has just changed names: it’s no longer the Ethiopian Dollar but the Birr, and the new notes and coins are about to appear. 1ETH.Birr is worth about 0.4 US$ (in 1976, of course).

ah-Ethiopie Addis-Abeba Pl.Unité 19.11.76-

Ce quartier d’Addis est avec la “Piazza” (voir Episode 29) le seul où la circulation automobile est un peu animée.

This quarter, along with the ‘Piazza’ (see Part 29), is the only one in the city where the car traffic is lively.

ai-Ethiopie Addis-Abeba Cath.Trinité 20.11.76-

La cathédrale de la Trinité, près de Arat Kilo, le 20 nov.

Trinity cathedral, near Arat Kilo, on the 20th of November.

ajS8-Ethiopie Addis-Abeba Cath.Trinité 20.11.76

Une autre vue de la cathédrale de la Trinité, tirée d’un film Super 8. Pardonnez la faible qualité.

Another view of the cathedral, extracted from a Super 8 movie film. Please forgive its poor quality.

ak-Ethiopie Addis-Abeba Sidist Kilo 20.11.76-

La place du 12 Yekatit est connue sous le nom de Sidist Kilo, ce qui signifie six (petits) kilomètres (comptés depuis la place Maskal) (20 nov.). Pour l’histoire de l’obélisque, voir par exemple ICI. Bien que ces premiers jours en Ethiopie soient assez plaisants, je m’ennuie un peu – je n’ai jamais beaucoup apprécié les flâneries entre jeunes – et je voudrais (sincèrement) commencer à travailler et passer des journées plus actives. Il faut deux enseignants pour l’Académie Militaire de Harrar. Mon nom n’est pas pressenti au début. Personne ne se bouscule pour y aller car c’est en province mais c’est justement ce qui m’attire et je pose ma candidature. Après plusieurs démarches auprès des services culturels de l’Ambassade de France, je suis accepté et jamais je ne le regretterai. EPISODE 2 

Yekatit 12 Square is locally known as Sidist Kilo, that means six (small) kilometers (counted from Maskal Square) (20 Nov.). I won’t tell you the obelisk interesting story, but rather see HERE. Although these first days in Ethiopia are quite pleasant, I’m getting a bit bored – I’ve never really enjoyed the aimless strolls with other young people very much – and I’m looking forward to something more active, and to beginning work, sincerely. The Harar Military Academy needs two teachers. I’m not approached about taking the job at first. Nobody’s jostling for it because it’s far away in the country but it’s just what is attracting me and I apply for it. After several steps to the French Embassy cultural services, my request is accepted. I’ll never regret it.           PART 2

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15 Responses to EPISODE / PART 1

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  5. Tatiana says:

    It’s very interesting indeed your blog of Ethiopia to read,
    To see the town and to learn of their way of life, I hope that they now thrive,
    Besides your English is ok and I enjoy it by the way
    Thank you for sharing, my friend
    And I will read up to the end

  6. GinTronic says:

    I’m not fully through with all episodes yet, but i find the Photos partially stunning. The architecture of the temples looks awesome, as well as the weapons they seemed to use on a daily basis. Thanks for sharing, looks like you had a great time there back then.

  7. BRUNELIN Rémi says:

    J’ai (plus ou moins) promis à Hubert de laisser, ici et là, le long de son beau récit, mes commentaires et mes propres souvenirs sur cette période que nous avons connue tous les deux, avec d’autres, bien sûr, qui seront évoqués au fur et à mesure.Mes digressions seront amenées par ce que m’évoquent les propres souvenirs d’Hubert ; elles ne possèdent pas, loin s’en faut, le fil chronologique et le sens de la précision quant aux dates dont il fait preuve.J’y ai mis forcément du recul (et de l’humour quand c’était possible) quant à l’analyse que je fais 34 ans plus tard de cette époque…
    Comme Hubert, que j’ai rencontré pour la première fois à Paris avec tout le groupe des VSNA, lors de notre « formation » en juillet 76, j’ai passé 2 ans en Ethiopie et plus précisément à Addis Abeba, la capitale, comme prof. J’ai eu le « privilège » d’arriver à Addis quelques semaines avant le reste de la troupe.Mystère administratif… Addis n’a pas été pour moi une transition (Hubert était en « stand by » avant de gagner Harar) mais mon seul horizon professionnel durant ces 2 ans.Le choc d’abord d’une ville pauvre, semée de mendiants, de handicapés, de mendiants éclopés; la « cour des miracles » en somme ! Et le « Farendj » qui débarque ne peut être que riche comme Crésus en comparaison de ces épaves misérables croisées à tous les coins de rue et qui vous suivent et vous harcèlent tout le long de votre trajet (je fus piéton plusieurs mois !).Beaucoup de jeunes aussi, essayant de vous tirer quelques sous, en général sans agressivité,et riant quand je leur disais « I ‘m not an american tourist ! » Au bout de quelques jours, repéré, on me fichait la paix dans mon quartier qui se limitait pour l’instant à la Churchill Road, les Champs Elysées d’Addis, dont les buildings modernes n’avaient rien à envier aux nôtres, cotoyant tout de même quelques habitations en tôle ondulée , la garnde mode dans le pays et en Afrique…Hubert évoque aussi le Mercato qui n’était pas si « cool » que ça et où je suis peu allé.
    Je ne peux résister à évoquer ( tôt, dans ces commentaires) l’injera puisqu’Hubert en parle lui aussi comme une de ses premières expériences éthiopiennes ! Cette « sorte de crêpe acide » (dixit Hubert) n’a jamais réussi à me convaincre qu’elle était un des must de la gastronomie (je peux bien dire que nous l’appelions, entre nous, la « serpillère » et n’y voyez, je vous l’assure, aucun racisme culinaire ou autre…) En fait, moi qui aime toutes sortes de cuisines « exotiques », je l’ai toujours détestée et elle m’a valu quelques ennuis digestifs dont je vous épargnerai le détail.Je me souviens en particulier d’une nuit agitée (et c’est un euphémisme !) à Dire Daoua où nous étions en vacances (je reviendrai sur ce périple d’Addis à Harar via l’Aouache, fin 76/début 77, en voiture, avec Francis et Colette O. et Jean Noël B.).Mes soupçons se sont vite portés sur une injera dégustée (mais est ce le mot ?) chez de charmants habitants de Harar dans la journée.Le pauvre Jean Noël (dont je partageais la chambre d’hôtel) a passé une nuit entrecoupée par mes allers et venues de mon lit aux toilettes.La journée du lendemain fut comateuse et le marché de Dire, pourtant sympathique, fut une épreuve.J’ai, depuis, mangé de l’injera en Ethiopie (avec toute la prudence nécessaire) et à Paris même (qui doit bien avoir 3 ou 4 restos éthiopiens).Bien que le blé y remplace le tef et que le beurre n’y soit plus nécessairement rance, l’acidité est bien toujours présente sans provoquer toutefois les mêmes effets dévastateurs…
    à suivre après épisode 2

  8. Bonjour Rémi. Je suis ravi de cette entrée remarquable que tu fais dans mon récit. J’ai hâte de lire la suite de tes contributions… mais prends ton temps, et grand merci! L’aciité de l’injéra, provient, je pense, de l’utilisation de levain (micro-organismes provoquant la fermentation).

  9. BRUNELIN Rémi says:

    Acide, l’injera ? c’est un euphémisme !Pour être tout à fait honnête, cette mésaventure digestive était sans doute due, en partie, au dîner de la veille au soir à Dire Daoua et à quelque sauce excessivement pimentée agrémentant les spaghettis…
    J’ai le souvenir plus intéressant d’une soirée à Addis, peu de temps après mon arrivée, dans un resto éthiopien (il y en avait des chinois, des italiens, des turcs sans compter les restos des hôtels où l’on pouvait manger « européen » ; la fondue bourguignonne du Ghion, par exemple, avait beaucoup de succès !) en compagnie d’André C., de son colocataire, J-Noël G., peut être des O. et de J-Yves C., je ne sais plus; nous avions mangé de l’injera au doro wot (poulet en sauce garnissant la crêpe) et bu du tedj (hydromel alcoolisé et boisson nationale). Le meilleur était tout de même la chanteuse qui nous livra un « récital » simple et chaleureux.Elle était accompagnée d’un joueur de kral.On la payait en lui donnant quelques birrs (monnaie éthiopienne), billets qu’elle collait littéralement à la sueur de son front ou de son cou.Elle nous demanda ensuite de la raccompagner chez elle à la fin de la soirée, avant le couvre feu fatidique de minuit…Belle soirée typiquement éthiopienne à tout point de vue !Ma nuit fut moins agitée que celle de Dire mais enfin…Je crois que le tedj y était pour quelque chose…
    A l’instigation insistante de l’ami Hubert, j’ai retrouvé et relu des lettres (une quinzaine ; il en manque au moins autant !) que j’avais écrites à ma famile entre 76 et 78, lettres non relues depuis cette époque et qui ne m’ont donc pas servi pour l’écriture de ce qu’Hubert appelle ma « contribution » à son récit.Les relisant ces jours derniers, je dois constater que les années n’avaient pas brouillé mes souvenirs.Le contenu de ces courriers vieux de 36 à 34 ans est très proche de ce que j’ écrivais cet été et cela malgré le recul.Voici mes premières impressions sur Addis dans des lettres datées précisément des 22 et 29 octobre1976 : « La ville est une succession de quartiers misérables et résidentiels [sic !].La mendicité est très importante mais les gens ne sont pas agressifs, plutôt gentils » et « Addis n’est pas très agréable (misère, mendicité, crasse mais cela dépend des quartiers) ; les automitrailleuses circulent de temps en temps et l’on est fouillé dès qu’on rentre dans l’aéroport [ j’ai eu l’occasion d’y aller plusieurs fois pour récupérer ma malle après des démarches quasi kafkaiennes…Je précisais même : « La bureaucratie est florissante ici ! »], à la banque,à la poste, au « supermarché etc Mais la présence militaire n’est quand même pas trop inquiétante. » Ma description des extérieurs atténue cette triste impression : « …nous sommes un peu sortis de la ville ; les environs sont très verts et il y a des mimosas. » Ah, les mimosas à Addis, sur les hauteurs au-delà d’Entoto, le col dominant Addis du haut de ses 3000 m d’altitude, couvert d’eucalyptus, et dans les jardins du lycée franco éthiopien Guebre Mariam ! Ce que je dis, dans une lettre du 3 novembre 76, de la maison des R. à Debre Zeit où nous étions allés avec les O., un dimanche, est plus positif que ce que je pensais d’Addis : « …une villa superbe avec un très grand jardin, des fleurs magnifiques, des chevaux…»

  10. Jean-Yves C. a écrit le 12.12.2012: “Ne t’aventure pas trop au Mercato! (Addis-Abéba 1973, 1974, 1975). En partant de la gare du chemin de fer Franco-Ethiopien, montez tout droit en évitant le lion de Juda portant tiare de pierre. Vous voici sur les Champs-Elysées de la capitale-jardin d’Ethiopie. A droite l’Ecole Normale Supérieure de Français qui ne méritait pas cet intitulé ronflant. Le Lycée Français Guébré Mariam, immeuble et campus prestigieux mitoyen accueille un public choisi international. Vous êtes dans la ville qui est le siège de l’Organisation de l’Unité Africaine. Le trottoir d’en face est moins huppé avec ses petits immeubles d’habitation. Continuons jusqu’à la Grande Poste où l’on se doit d’avoir sa Boîte Postale, car les facteurs n’existent pas. On se croise pour expédier des aérogrammes, lettres aux timbres magnifiques à l’effigie du Négus et des richesses innombrables de l’Empire. La circulation est fluide et disciplinée avec le luxe de feux de signalisation que certains badauds regardent comme une attraction. Montons jusqu’à l’orgueilleux Hôtel de Ville ultra moderne qui semble ouvrir ses bras à la cité toute entière. Au-delà de la Place et de l’Eglise Saint Georges commence le Mercato. C’est là que sont pendus les félons et mutins, assassins et criminels qui sont passés par une Justice-Spectacle voulant frapper fort. Pénétrons dans la première ruelle du plus grand marché d’Afrique qui est à la fois halles, champ de foire aux bestiaux, marché aux puces, ateliers des artisans de toutes les professions et centre des recyclages ingénieux. Cent mille marchands et travailleurs exerceraient leur art dans ce mélangeur géant où se pressent clients, “disoccupati”, chapardeurs, gibier de Bouna Beit et touristes… Le farendji est presque poussé vers le marché aux souvenirs dont les stands regorgent de merveilles authentiques ou non. On y trouve les Marie-Thérèse et Ménélik II, grosses pièces d’argent qu’on imagine avoir été manipulées par Arthur Rimbaud ou Henri de Monfreid. Icônes, scrolls (rouleaux magiques en peau), armes blanches et pointes de flèche acérées et faites pour déchirer, boucliers de buffle, tout est là et surtout des bijoux, encore des bijoux, des ambres et des croix, des croix, des croix en fer, en argent, en laiton, en bois, en broderie. Mille formes! mille styles! mille symboles! Le nez vous pique-t-il? L’immense marché aux épices et aux couleurs est à côté. Puis le marché au beurre rance vous attaque les narines. Les dames remplissent des courges évidées de cette crème qui servira et à la cuisine pour le wot et à la salle de bain comme baume ou brillantine pour cheveux. Marché au sel où je verrai des dromadaires chargés de plaques rougeâtres arrachées dans les lacs salés de la grande faille dankalie. Les petits ânes sont à la peine: certains portent de grosses boîtes de margarine, don du peuple des Etats-Unis. En bout de chaîne tout se vend, tout se troque. Le marché aux grains entasse ses gros sacs de maïs, de blé, de ce tef si fin. Le bruit court déjà de pénurie dans certaines provinces. Les billets et piécettes qui servent aux achats ont couleurs de terre. On ne pèse pas; on achète des mesures représentées par de vieilles boîtes. Le marché aux peaux et les tanneries exposent des tas gluants encore sanguinolents et des peaux séchées rehaussées de dessins ethniques au sang de bœuf. La zone où s’échangent les pharmacopées, les encens, les coquillages, plumes, poudres de perlin-pimpin, os, est plus inquiétante. Un marchand, pour m’effrayer, me montrera de petites couilles désséchées comme des pruneaux, portées par les guerriers danakils en bracelet et un collier d’abricots secs qui seraient des oreilles de shiftas [brigands]. Saperlipopette! La justice populaire est impitoyable dans la contrée. Je comprends pourquoi les coutelas afars ont la dimension de boomerangs. Mieux vaut se défendre. Finissons notre marché par les quartiers moins dangereux des tisserands et des chaudronniers-étameurs qui donnent le rythme et accentuent le tintamarre du mercato, cœur frénétique du pays. Jean-Yves.”
    HT. répond le 13.12.2012: “Un grand merci, Jean-Yves, pour ce récit remarquable et plein de vie, qui complète si bien mes photos et mon compte-rendu au style plus spartiate.”

    • BRUNELIN Rémi says:

      Jean-Yves nous régale d’un récit où le pittoresque côtoie l’authenticité.J’ai l’impression de m’y retrouver 36 ans après! Je me souviens bien des parfums des marchés aux épices ou aux encens et aussi de l’odeur particulière (et désagréable) du marché au beurre rance (si utile à la confection de la “fameuse”ingéra…).
      Toutefois, l’ambiance “bon enfant” du début des années 70 (J-Yves ne précise pas s’il a vu les pendus du régime impérial _”strange fruits”_ …) n’était plus vraiment là au moment de la Terreur rouge de 77/78 et les “barbouzes” kébélés ne s’embarassaient pas de pendre des voleurs mais abattaient les opposants et les laissaient dans leur sang…

  11. Serge Magallon says:

    Ma fille Elsa m’ayant signalé ce site en me spécifiant il doit t’intéresser je suis en train de le découvrir et apporter ma pierre à la coopération en Éthiopie mais surtout à l’Éthiopie elle même.
    le temps permettra d’écrire beaucoup. J’ai été VSNA de 1970 à 1972. Ma fille elle aussi franco éthiopienne a enseigné à l’Université d’Haramaya et à l’alliance franco-éthiopienne de Dire Daoua.
    Aujourd’hui je ne me contente que de reprendre contact. décrire notre arrivée en 1970!!!!!
    mon amour pour l’Éthiopie est en permanence tous les jours.
    j’ai déjà présenté 6 expo sur l’histoire postale de l’Éthiopie. la semaine prochaine j’expose à Canet en Roussillon ma Postes Militaires pendant la Guerre d’Éthiopie et au mois de juin j’expose aussi à Paris
    Ethiopia Tikdem Betam ouodiallo

    • Bonjour Serge, merci pour ce commentaire, et bienvenue au “club” des anciens d’Ethiopie. J’ai hâte de lire ou d’écouter vos témoignages. Vous pouvez m’envoyer des contributions écrites (par email de préférence), que je recopierai en votre nom sur le billet le plus approprié de ce site. A bientôt. HT

  12. Serge Magallon says:

    mon départ pour l’Éthiopie en 1970 malgré tous les efforts de l’officier recruteur lors des trois jours (E.O.R, prof dans une école militaire) j’avais reçu mon avis quelques jours avant.
    Comme de bien entendu, je n’avais appris que l’espagnol dans mon cursus j’ai été envoyé dans un pays un peu anglophone. Cela m’a peut-être permis de rester sur Addis. Etant titulaire prof de bio peut être qu’en cas de problème ils m’auraient muté au lycée.
    Nous avons été regroupés à Aix en Provence pour une quinzaine., Nous étions assez nombreux.
    Pour un premier vol nous avons été bien servis. Aix Nice en bus. avion Nice Turin ou Milan je ne sais plus. Ensuite la ligne normale Alitalia Rome Athènes Le Caire Khartoum Asmara Addis.
    Pris en charge nous avons été logés à l’internat du Lycée. Repas à l’Iteghé restaurant.
    Ma première image le soir en rentrant. En face du lycée il y avait un bâtiment moderne avec un supermarché. et juste à côté des maisons en tchica: un marchand de cercueil et à coté une petite lumière rouge………..une parabole de la vie
    a la fin nous avons reçu nos affectations. Période faste de la coopération Massaoua, Asmara, Gondar, Makallé, Dessié, Debra Marcos, Addis, Debre Zeit, Nazareth, Diré daoua, Harrar, Assela, Djimma, Sodo, Yirgalen

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