EPISODE / PART 4

MON GRAND VOYAGE : ETHIOPIE 1976-78 : 20 mois à travers 10 pays

MY GREAT TRIP : ETHIOPIA 1976-78 :

20 Months across 10 Countries

Episode 4: Noël 1976 à Harrar

Part 4: Christmas 1976 in Harar

Si vous arrivez directement sur cette page, lisez ensuite LA PAGE D’INTRODUCTION ET LE SOMMAIRE.

If you arrive directly at this page, please read THE INTRODUCTION PAGE AND THE CONTENTS afterwards.

Jean-Luc et moi vivons et travaillons depuis quelques semaines à Harrar et je m’y plais beaucoup. Le peu de distractions et de confort, ainsi qu’un certain isolement – nous avons peu de contacts avec la population locale – ne me pèsent pas car c’est justement un dépaysement que j’espérais et je suis comblé à cet égard. J’aime beaucoup le soleil magnifique que nous avons. Je me lève très tôt pour le voir se lever et observer sa trajectoire presque verticale. Je me dis qu’il passera au zénith dans quelques mois et que j’essaierai alors de ne pas manquer de voir cette position particulière, qui ne se produit jamais en France métropolitaine (v.Episode 29). Parfois je vais faire le tour de la ville à pied avant d’aller travailler, sous le soleil radieux du matin. Une vie plutôt calme s’organise. Nous ne nous ennuyons pas. Le soir, je joue de temps à autre aux échecs avec M. Tamby, notre voisin de palier, un autre enseignant de l’Académie Militaire. Il me propose à chaque fois un whisky, mais je sais que cela n’améliore pas mon jeu et qu’il vaut mieux que je fasse ma partie avant de trinquer. M. Tamby est un Indien qui vit seul ici et qui s’est expatrié afin de gagner mieux sa vie et de pouvoir ainsi envoyer de l’argent à sa famille, dont il est séparé presque tout le temps. Ses enfants feront-ils de même plus tard? Etrange façon pour moi de concevoir l’existence et le sens de la vie. Quant à Jean-Luc, il est souvent occupé à couvrir des aérogrammes – feuilles bleues d’un seul tenant, pliées en trois et collées pour former enveloppe – de sa fine écriture serrée, à l’intention de Dominique, sa fiancée, qu’il espère bien pouvoir faire venir en Ethiopie. Nous ne sommes pas très difficiles à vivre, Jean-Luc et moi, et quoique assez différents l’un de l’autre – il est plus sociable, j’ai plus le goût de l’aventure – la cohabitation se passe bien. Pour le courrier, j’utilise moi aussi surtout des aérogrammes. C’est le moyen le plus sûr, rapide et économique pour écrire en France. Ces lettres acheminées par avion ne sont pas ouvertes par les autorités éthiopiennes car on peut vérifier en regardant à travers qu’il n’y a pas d’objet glissé à l’intérieur. On nous a dit que les enveloppes ordinaires sont parfois ouvertes et le courrier jeté. Je conseille donc à mes correspondants de me répondre sur aérogrammes également. Le délai d’acheminement dans les deux sens est variable, de quelques jours à deux semaines environ.

Le 24 déc, nous assistons à un match entre deux équipes d’élèves de l’Académie Militaire. Notre présence est obligatoire et la cravate de rigueur. Ces rencontres se reproduisent de temps à autre. Nous-mêmes sommes tenus de pratiquer un sport au sein de l’Académie. Je me mets au squash. Le 25 décembre n’est pas férié ici et le Noël éthiopien (Ganna) n’est célébré que le 7 janvier. Cependant nous ne travaillerons pas le 25 déc. car c’est samedi. Le calendrier traditionnel éthiopien – suivant lequel l’année en cours est 1969 – ressemblant au calendrier julien et comptant treize mois, présente un retard de treize jours sur le modèle grégorien.

Jean-Luc and I have been living and working in Harar for a few weeks now and I like my new environment very much. There is little entertainment and comfort here and we are rather isolated – we have few contacts with the local population – but I don’t find it difficult. I wanted some change of scenery and I’ve found it right indeed. I like the gorgeous sun we have very much. I get up very early to see it rise and to watch its almost vertical trajectory. I know it will reach the zenith in a few months and I’ll try then to observe this particular position, which never occurs in metropolitan France (see Part 29). Sometimes, I go for a walk around the town before going to work, in the bright morning sun. Our life is getting organized rather quietly and we aren’t getting bored. At night, I sometimes play chess with Mr Tamby, our neighbour across the landing, who is also a teacher at the Military Academy. Every time, he offers me a whisky but I know it could spoil my playing and I had better do the game before we clink glasses. M. Tamby is an Indian who lives here alone. He left his country in order to earn a better living and to send money to his family he rarely sees. Will his children do the same when they are grown up? What a strange way to view existence and the sense of life… As for Jean-Luc, he is often busy covering air letters – single blue sheets folded in three and pasted to form an envelope – with his thin and tight writing, intended for his fiancée Dominique he hopes he will be able to make come and live with him in Ethiopia. Jean-Luc and I are not people difficult to live with, and albeit rather different one from the other – he is more sociable, I’ve a greater taste for adventure – we are getting on pretty well. For the mail, I mainly use air letters too. It’s the safest, fastest and cheapest way to write to France. The Ethiopian authorities don’t open air letters because one can check looking through that there is nothing slipped into them. We have been told the ordinary envelopes are sometimes opened and the mail thrown away. I suggest then my correspondents should use those single-sheet air letters as well. It takes usually from a few days to two weeks for them to be forwarded.

On the 24th of December, we are present at a match between two teams of Military Academy students. Our attendance is compulsory and we must wear a tie. Those meetings take place from time to time. Doing sport at the Academy is also considered required of ourselves. I take up squash. The 25th of December is not a public holiday here and the Ethiopian Christmas (Ganna) is celebrated on the 7th of January. However we are not going to work on Dec. 25 for it’s Saturday. The traditional Ethiopian calendar, looking like the Julian calendar and having thirteen months, is thirteen days behind the Gregorian model. According to the former, the present year is 1969.

be-Ethiopie Harrar Camp Français Réveillon 24.12.76-

Nous sommes invités au Camp Français pour le réveillon, ainsi que quelques Français de Diré-Daoua. On voit ici Jacques B.

We are invited to the French Camp for Christmas Eve dinner, as well as a few other French people from Dire Dawa. Jacques B. can be seen here.

bf-Ethiopie Harrar Camp Français 25.12.76-

Jean-Luc est à l’arrière plan de cette photo.

Jean-Luc is in the background of this photo.

bg-Ethiopie Harrar Camp Français 25.12.76-

On me voit sur ce cliché, avec mon bon coup de fourchette, devant Christian et Danielle P. Le Camp Français est bien approvisionné en produits européens grâce aux militaires venant de Djibouti. Le menu est copieux: saumon fumé, asperges, dinde aux marrons, salade, fromages (j’en profite, il n’y en a pas ici), fruits, bûche, le tout arrosé de vins et d’eau de Babile.

You can see me on this snapshot, enjoying the meal, in the foreground, beside Christian and Danielle P. The French Camp is well supplied with European products thanks to the servicemen coming from Djibouti. The meal is copious: smoked salmon, asparagus, turkey with chestnuts, salad, cheese (I make the most of it for there is none here), fruit and Yule log, going with wines and Babile water.

bh-Ethiopie Harrar 26.12.76-

Le lendemain de Noël, je fais à nouveau une petite sortie photos dans Harrar. J’ai 21 ans aujourd’hui. On voit ici la piste qui contourne la vieille ville par le nord.

The day after Christmas, I do a photo outing in Harar again. I’m 21 to-day. You can see the track that skirts round the old town to the north.

bi-Ethiopie Harrar 26.12.76-

La construction de la mosquée a progressé depuis le 1er décembre. A l’arrière plan, la montagne tabulaire me faisait un peu rêver. J’aurais aimé en faire l’ascension et contempler la région depuis sa plate-forme.

The construction of the mosque has advanced since the 1st of December. In the background, the tabular mountain made me dream a little. I’d have liked to climb it and contemplate the region from its platform.

bj-Ethiopie Harrar Porte Sud-Ouest 26.12.76-

Une bonne vue du rempart sud-ouest, l’après-midi du même jour.

A good view of the south-west rampart, on the same day in the afternoon.

bk-Ethiopie Harrar Porte Ouest 26.12.76-

Cette photo de la porte Mesfin est le pendant du cliché n°4 présenté à l’épisode précédent. Dos à la Municipalité cette fois, j’ai un bon aperçu de la rue, qui pour être l’artère principale de la ville, n’en est pas moins calme. J’aime bien, ici aussi, l’ambiance paisible qui se dégage de cette image.

This photo of the Mesfin gate is the matching piece to the picture number 4 presented in the previous part. My back to the Municipality this time, I’ve a good view of the street, which albeit the most important thoroughfare in the town, is nevertheless very quiet as you can see. I like the peaceful atmosphere which emanates from this photo, here as well.

bl-Ethiopie Harrar Place Makonnen 26.12.76-

L’Académie Militaire, place Makonnen, à l’ouest de la ville. On voit ici le mess des officiers.

Harar Military Academy, Makonnen Square, at the town west end. You can see here the officers’ mess.

c-HT Invitation Diré-Daoua 29.12.76-

Le 29 déc, nous sommes invités à dîner au Consulat de France à Diré-Daoua. L’ambiance est conviviale, sympathique et décontractée. Nous y serons conviés à nouveau de temps en temps.

On the 29th of December, we are invited to the French Consulate in Dire Dawa. The atmosphere is friendly and unformal. We will be invited there a couple of times again.

Nous passons un agréable réveillon de la St.Sylvestre à Diré-Daoua chez d’autres coopérants. Je me demande ce que me réserve 1977: Ce sera l’année la plus surprenante, la plus variée et la plus formatrice de ma vie. Le 2 janvier, nous remontons à Harrar et je rentre en possession de la malle que j’avais expédiée de France début novembre. Elle a été très fouillée mais rien ne manque. Ouf, je n’avais plus grand-chose de décent à me mettre.

Pour avoir des nouvelles de France et du monde, je me rends parfois au Camp Français pour m’informer ou écouter la radio. Au début de janvier, les militaires nous prêtent un gros transistor à ondes courtes et un magnétophone avec dix cassettes de musique. Nous en disposerons pendant un mois. Maintenant, nous pouvons écouter Radio France internationale, ainsi que d’autres stations du monde émettant en français. J’aime bien l’heure de Radio Australie, tôt le matin. Nous recevons aussi Radio Moscou le soir. Les hommes du Camp se chargent également de nous poster du courrier et des pellicules photographiques quand ils vont à Djibouti, et de nous ramener de menus articles introuvables dans la province de Harrar. Souvent aussi, ils nous font profiter de leurs voitures ou nous mettent en contact avec d’autres personnes. J’écris à ma famille le 8 janvier: « Au Camp Français, ce sont vraiment des Pères Noël pour nous et ils nous rendent une infinité de services ». Je tiens encore à remercier ces militaires maintenant en 2011 car Jean-Luc et moi avons eu une meilleure existence là-bas grâce à leur gentillesse et à leur disponibilité. Nous sommes très satisfaits également de notre mamité, qui est habituée à très bien se débrouiller dans un confort spartiate. Nous faisons honneur à sa cuisine et je découvre de nouvelles saveurs. Je me souviens que je n’avais jamais goûté auparavant de vinaigrette faite à l’huile d’olive et au citron. Je trouve cela étrange mais j’apprécie. Le 7 janvier, nous sommes invités pour le Noël éthiopien à déjeuner chez Mme Demeketch. Je trouve l’injera (v.Glossaire) que l’on nous offre, accompagnée de ragoût de poulet très épicé (doro wat) et d’œufs durs et arrosée de tedj, meilleure que les autres fois où j’en ai goûté. Ce jour férié est le début pour nous des vacances de Noël. Nous reprendrons le travail le lundi 24. Le 8 janvier, nous sommes invités au baptême d’un petit Grec à Diré-Daoua, dans l’église montrée à la fin de l’épisode 2. J’écris à ma famille que cette cérémonie « est intéressante, sauf pour le gamin ». Je crois me souvenir que l’enfant est immergé trois fois. Nous projetons d’aller dans les jours qui viennent à Addis, puis de visiter des hauts lieux de l’histoire et du patrimoine éthiopiens. Nous devons profiter de ce congé car nous n’aurons plus qu’une autre semaine de vacances, à Pâques, d’ici à la fin juin.                                             EPISODE 5 

We spend a pleasant New Year’s Eve night in Dire Dawa with other people serving on Voluntary Service Overseas. I wonder what 1977 has got in store for me: It’s going to be the most surprising, varied and formative year of my life. On the 2nd of January, we go up back to Harar and at last I recover the trunk I had sent from France at the beginning of November. It’s been searched a lot but nothing is lacking. Phew! At last! I hardly had anything decent to wear anymore.

When I want some news about France and the world, I go to the French Camp and ask the servicemen or listen to their radio set. At the beginning of January, the men lend us a big short-wave transistor and a tape recorder with ten cassettes of music. We are going to keep those devices at home for a month. Now, we can listen to Radio France internationale, as well as other French language stations. I like the Radio Australia hour, early in the morning. We also listen to Radio Moscow at night. The French Camp men take upon themselves to send mail and photo films for us when they go to Djibouti, and to bring us back small items impossible to find here in Hararghe. They also often give us a lift to Dire Dawa or somewhere else when the occasion occurs, and they make us meet new people sometimes. I write to my family on the 8th of January: ‘The French Camp men are real Fathers Christmas to us and they do us an infinite number of favours.’ I still want now in 2011 to thank those servicemen again for Jean-Luc and I had a better existence there through their friendliness and their receptiveness. We are also very satisfied with our mamite, who is used to coping with Spartan comfort very well. We enjoy her cooking and I discover new flavours. I remember I had never tasted French dressing made up of olive oil and lemon juice before. I find it strange but I like it. On the 7th of January, we are invited for lunch to Mrs Demeketch’s home for the Ethiopian Christmas. I find the injera (see Glossary) we are offered here better than any one I’ve ever tasted before. It’s going with a very spiced chicken stew (doro wat) and hard boiled eggs, and we drink tej with it. This public holiday is the Christmas vacation starting point for us. We will be back to work on Monday the 24th. On the 8th of January, we are invited to a Greek child’s christening, in the church you can see at the end of Part 2. I write to my family that ‘that ceremony is interesting, except for the kid’. I think I can remember the child is immersed three times. We plan to go to Addis soon first and then to go sightseeing to Ethiopian historic places. We have to make the most of this leave, because after it there will be only another week holiday – at Easter – until the end of June.                              PART 5

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6 Responses to EPISODE / PART 4

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  4. Tatiana says:

    Good friends, mamite, French Camp men –
    Everyone does whatever can.
    So this environment of yours
    Makes you feel there fine of course
    And thanks to them you are not bored,
    That’s why Harar was a good spot.

  5. Huberaime says:

    Jean-Yves C. a écrit le 29 nov. 2012: “La méhari verte de Jean-Yves en Ethiopie. Nous avions reçu consigne de l’ambassade d’acheter français! Quelle bonne idée reprise ces mois-ci (2012) par nos fins politiques! Alors je vais chez Citroën à Addis-Abeba pour acheter une 2cv, seule voiture à ma portée en finance comme en conduite. Pas de 2cv en stock, mais une voiture aussi facile à conduire, légère,en plastique, toit ouvrant, facile à réparer, peu gourmande. Bref, une coquine, comparée aux Land-Rover rivetées des coopérants patentés broussards ou [aux] berlines de la légation. Je fais installer des pneus spéciaux, plus épais et qui élèvent le véhicule de 5 centimètres, ce qui sera formidabble dans les nids de poule (et souvent d’autruche, tellement ils étaient énormes). Petites plaques au couleurs du Vatican -jaune et blanc- pour porteur de passeport de service auprès du Ministère Impérial de l’Education – mission de coopération à la TAFARI MAKONNEN COMPRÉHENSIVE SCHOOL, le grand lycée éthiopien pour jeunes gens de la capitale. L’établissement est dirigé par une poignée de jésuites canadiens dirigés par le Père GAGNON. (Est-ce lui qui deviendra Cardinal ?) Que de personnalités! Je me souviens de Claude Sumner qui écrivait des sommes incompréhensibles à tous sur la philosophie éthiopique au travers des parchemins. Je me souviens de ma collègue professeur de français -Christine CHAUME. Nous devions enseigner avec un tableau de feutre à des classes de plus de 50 gaillards qui au fil des mois nous contesteront et lanceront des pierres. Ce qui aboutira à l’arrêt des cours et à la vague révolutionnaire qui emportera ces jeunes bourgeois en premier. La méhari dans Addis. L’aventure! Le capot du moteur était tenu par 2 boucles de ceinture. La capote en toile noire était tenue par une sangle et des élastiques. Un rêve pour les petites mains des petits chapardeurs si nombreux vous attendant à chaque feu rouge. Une manne pour les Zabagnas (gardes autoproclamés) qu’il fallait rétribuer pour garder sa roue de secours et ses essuie-glace. J’oublierai un jour après avoir mis de l’huile dans le moteur de boucler le capot qui s’envolera comme un couvercle sur la route de DESSIE. La capote, jalouse, sera arrachée dans l’Aouache. JE REMERCIE DANIELLE KORENEFF, hôtesse de l’air et super-amie qui m’en amènera une de Paris dans la soute de l’avion d’Ethiopian Airlines ainsi que du camembert. Avec cette méhari, je suis allé de nombreuses fois dans la vallée et les lacs du RIFT: Langano et Abbiatta, au fond des gorges du NIL bleu, accompagné tout le long de la descente (25km) et de la remontée en première (25km) par un vol de vautours gourmands et patients qui m’ôtait toute idée d’arrêter pour manger ou même faire pipi! J’ETAIS DINGUE,JE VOYAGEAIS LE PLUS SOUVENT SEUL. Je suis monté jusqu’à ASMARA, KEREN, AGORDAT et MASSAOUA. Tout plein d’aventures pas toutes avouables. Je suis aussi descendu vers Nazareth, Aouache, Diré-Daoua et Harrar. J’ai voulu jouer mon Arthur Rimbaud. ON m’avait affirmé que je pourrais voir des éléphants sur la route de JIJIGA en OGADEN, quelques dizaines de kilomètres plus loin vers la somalie: Je pars tout feu, tout flamme en oubliant de repousser le starter et fonce sur une piste douce car très sablonneuse, très droite au milieu de gros rochers noirs, violets ou pourpres et de petits épineux. Première émotion forte: un groupe de girafes traverse la piste telles les danseuses étoiles à la scène de l’Opéra Garnier. Elles semblent aussi étonnées que moi-même, me fixent et avancent et se retournent. Me voici en zone sauvage… J’appuie sur le champignon et commence à serrer les fesses. Suis-je sur la bonne piste? Aurai-le temps de revenir avant la tombée du jour? Les éléphants seront-ils débonnaires comme les girafes? J’accélère encore. OH! DEVANT un homme qui me fait de grands signes des bras. Il est en jodpurs sales et schamma [vêtement ample de cotonnade blanche] couvert de poussière rouge. Première âme humaine depuis le départ. Sans réfléchir, je stoppe. L’homme a dans ses bras un massinko (violon à une corde). Il me supplie de [le laisser] monter dans la méhari. J’accepte, repars et aussitôt comme un troubadour le voila qui se met à chanter une mélopée tremblotante comme la tezeta. A la fin de chaque strophe il fait gémir son instrument. Les louanges se poursuivent longues comme la piste. QU’EST-CE QUE C’EST, LA-BAS… un mur de cailloux barre le chemin! Forcé de m’arrêter, je suis entouré aux portières par deux “bergers”… armés très inquisiteurs. Mon chanteur entre en palabres avec eux. Etait-il sorcier? Etait-il prophète fou? Les hommes roulent les pierres, dégagent la piste. Le trouvère reprendra sa litanie jusqu’à JIJIGA où il n’y avait rien que quelques huttes misérables. Mon ange gardien me quitte avec force courbettes, je fais demi-tour et rentre sans un arrêt à vitesse maximale vers Diré-Daoua: Le barrage des SHIFTAS [bandits de grands chemins], car c’étaient bien des SHIFTAS (Le musicien me l’a dit) était abandonné. Je n’ai pas vu les pachydermes, non, mais je crois fermement que mon ange gardien se tenait à mon flanc. BRAVO, LA MÉHARI: ZÉRO PANNE. ON PEUT EN VOIR QUELQEFOIS SUR UN PORT, EN CAMPAGNE OU AU DETOUR D’UN FILM. JEAN-YVES”.

    HT. répond le 30 nov. 2012: “Merci Jean-Yves pour cette contribution. Tu étais vraiment téméraire, beaucoup plus que moi, mais grâce à ton bon coeur qui t’a fait prendre cet auto-stoppeur, tu as évité de graves ennuis. Oui, la Méhari était fiable, mais tout de même, ce trajet seul était très imprudent. Cette Méhari apparaît sur deux photos de mon épisode 17, alors que parti au Yémen, tu avais vendu le véhicule à un camarade avec qui je suis allé dans l’Aouache en octobre 1977”.

  6. BRUNELIN Rémi says:

    J-Y évoque avec beaucoup d’humour sa Méhari verte (voir aussi après l’épisode 17) dont je me souviens très précisément. Il avait été question que j’achète ce sympathique véhicule début 77, J-Y devant quitter l’Ethiopie pour le Yémen à la prochaine rentrée (voir les épisodes 23 à 27 racontés par Hubert, accueilli à Sanaa par J-Yves aux vacances de Pâques 78). L’affaire ne s’est pas faite mais j’en ai eu beaucoup de regrets car ce véhicule était vraiment idéal là-bas … à condition de ne rien y laisser traîner à l’intérieur ! Son épisode sur la route de Jijiga me fait penser à 2 évènements que j’ai racontés dans mes « contributions » à la fin des épisodes 3 et 8. Nous avions comme J-Yves entrepris avec Francis et Colette O. et J-Noël B. une virée vers Jijiga (janv 77 ; 3 ou 4 ans après J-Yves donc) en partant de Diré Daoua.Comme je l’ai raconté, nous avons renoncé à mi-chemin, n’ayant pas une Méhari mais la Fiat 128 des O… Nous n’avons croisé que des rochers aux formes intéressantes mais ni girafes ni éléphants.En Ethiopie d’ailleurs, j’ai vu moins d’animaux sauvages que ce qu’on peut croiser dans le parc de…Thoiry (Yvelines)! J-Yves évoque sa mésaventure avec les « shiftas » sur cette fameuse route.Rien de semblable pour nous mais ce fait m’a rappelé que nous avions trouvé, un jour, une piste, dans la réserve de l’Aouache, obstruée par des branches, mais la présence à nos côtés d’un garde armé avait dû faire renoncer les « shiftas » en embuscade. Cela m’a surtout fait penser à notre « aventure » (nous revenions de Debre Zeit vers Addis, un soir, avec les P.) évoquée à la fin de l’épisode 8, quand, menacés par des « shiftas » professionnels (si j’ose dire) , nous avons redémarré en trombe pour leur échapper et ne pas se faire dépouiller.L’épisode aurait pu tourner mal.

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