EPISODE / PART 6

MON GRAND VOYAGE : ETHIOPIE 1976-78 : 20 mois à travers 10 pays

MY GREAT TRIP : ETHIOPIA 1976-78 :

20 Months across 10 Countries

Episode 6 : Gondar 19 Jan.1977 et la stèle d’Axoum

Part 6 : Gondar 19 Jan.1977 and the Axum stela

Si vous arrivez directement sur cette page, lisez ensuite LA PAGE D’INTRODUCTION ET LE SOMMAIRE.

If you arrive directly at this page, please read THE INTRODUCTION PAGE AND THE CONTENTS afterwards.

Pour le deuxième jour de ce tour organisé vers les lieux phares du patrimoine au nord du pays, je me rends – avec ma camarade de quelques jours – d’un bref coup d’aile à Gondar, de l’autre côté du lac Tana. Au temps de sa splendeur, sous le règne du roi Fasilidas, au XVIIème siècle, Gondar devint la capitale de l’Ethiopie.

On the second day of this trip to the famous ancient places in the north of the country, a very short flight over Tana Lake takes the German lady and I to Gondar, which became Ethiopia’s capital city in the XVIIth century under King Fasilidas’s rule.

cn-Ethiopie Près de Gondar 19.01.77-

Voici une vue sur les montagnes de la région.

Here is a view of the region’s mountains.

co-Ethiopie Gondar Les Falashas 19.01.77-

Nous visitons un village de Falashas, ou Beta Israel, Juifs éthiopiens, à proximité de la ville aux châteaux.

We visit a Falasha – or Beta Israel – village, near the town of the castles.

cp-Objets des Falashas de Gondar s.Voile Harrar-

J’achète trois petits bibelots de poterie vernissée noire que ces gens se sont fait une spécialité de fabriquer et de proposer. En voici une photo de 2011, sur un voile destiné à être porté par les femmes de Harrar.

I buy three little curios of black shining crockery that those Ethiopian Jews make and sell. I took this photo in 2011, on a veil intended to be worn by Harari women.

cr-Ethiopie Gondar Monast.Debre Berhan Selassie 19.01.77-

L’église du monastère Debré Berhan Selassié à Gondar

The church of the Debre Berhan Selassie monastery in Gondar

cs-Ethiopie Gondar Monast.Debre Berhan Selassie 19.01.77-

L’intérieur du sanctuaire est célèbre pour son plafond peint de motifs d’angelots. Ce plafond n’étant pas très haut, le flash a porté et m’a permis de réussir la photo.

Inside the sanctuary, the ceiling is famous for its decoration of painted winged cherubs’ heads. The flashlight enabled me to make a success of the photo, for the ceiling is not high.

ct-Ethiopie Gondar Jour de Timket 19.01.77-

Aujourd’hui, c’est Timket, l’Epiphanie éthiopienne, en ce 19 janvier. Pour l’occasion, le bassin dans lequel ce château a été construit est rempli d’eau. L’ensemble mérite alors son nom de “Bains du roi Fasilidas”.

To-day, the 19th of January, is Timket, the Ethiopian Epiphany. For the occasion, the usually dry pool in which this castle was built is filled up with water and deserves its name of “King Fasilidas’s Baths”.

cv-Ethiopie Gondar 19.01.77-

Une autre vue du même monument.

Another view of the same building.

cw-Ethiopie Gondar Chât.du roi Fasilidas 19.01.77-

Le château du roi Fasilidas est le plus important et le plus beau de ces édifices, tous regroupés dans un enclos. L’influence européenne est manifeste et se marie avec les styles africain et oriental.

King Fasilidas’s castle is the largest and the finest of those edifices, which all are gathered in an enclosure. European influence is obvious and blends with African and oriental styles.

cx-Ethiopie Gondar 19.01.77-

De la terrasse du château du roi Fasilidas, on voit les autres constructions, plus modestes.

From Fasilidas Castle terrace roof, the other buildings can be overlooked. They are more modest.

cy-Ethiopie Gondar 19.01.77-

Une autre vue similaire

Another similar view

cz-Lettre Gondar 20.01.77-

Le soir, j’écris un courrier enthousiaste à ma famille. Voici le modèle d’aérogramme que j’utilisais couramment.

In the evening, I write an enthusiastic note to my family. Here is the air letter model I mainly used.

da-Italie Rome Stèle d'Axoum, au bout du Circo Massimo 19.08.90-

J’aurais aimé compléter ce tour par une visite à Axoum mais je n’ai pu m’y rendre. Cependant j’ai pu voir un jour la plus fameuse de ses stèles. Après l’invasion de l’Ethiopie par les troupes italiennes en 1935, les occupants volèrent ce monument et l’installèrent à Rome en 1937 où il resta jusqu’en 2003, puis il fut rendu à l’Ethiopie en 2005, pour retrouver sa place à Axoum. J’ai eu l’occasion d’admirer cette stèle, alors placée au bout du Circo Massimo, lors d’une visite à Rome, le 19 août 1990.

I would have liked to complete this tour with a visit to Axum, but I couldn’t go there. However, I managed to see the most famous of its steles. After the invasion of Ethiopia by the Italian troops in 1935, the occupying forces stole the monument and set it up in Rome in 1937 where it remained until 2003. It was then taken back to Ethiopia in 2005 and it has now recovered its original place in Axum. When I visited Rome in 1990, I had the opportunity to admire the stele, which stood at Circo Massimo end (19 Aug).

db-Italie Rome Stèle d'Axoum, au bout du Circo Massimo 19.08.90-

Une autre vue, au même moment. Lisez davantage sur cette intéressante page d’histoire ICI. Ces deux jours ont été fertiles en belles découvertes mais le lendemain à Lalibela sera plus insolite encore.                                  EPISODE 7

Another view, at the same moment. I suggest you read more about this interesting page of history HERE. Those two days were rich in outstanding sights but the following day will be even more unusual.                                 PART 7

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7 Responses to EPISODE / PART 6

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  3. MARICEL-BALTUS says:

    Merci pour cette page d’histoire Ethiopienne et notamment sur les aventures de cette stèle

  4. Tatiana says:

    about the obelisk of Axum:

    I always wonder how the people of the ancient time
    Could build the structures so fine.

  5. Huberaime says:

    Jean-Yves C. a écrit le 06.12.2012: “Timket est la plus originale et colorée de toutes les cérémonies éthiopiennes. C’est une sorte d’Epiphanie, de Chandeleur et de Fête-Dieu réunies. Le clergé doit sortir des églises (BEIT MARIAM, BEIT GIORGIS, BEIT MICKAEL. etc) les” TABBOTS”. Habituellement cachés dans le saint des saints des sanctuaires, ils vont être sortis et montrés au peuple dans la plus grande solennité. En effet ces tabbots symboliseraient l’ARCHE d’Alliance selon les uns, les tables mosaïques selon d’autres, ou bien même les manuscrits des écritures saintes. Je m’attends donc à une sorte de procession de Fête-Dieu ou d’ostension du Saint-Sacrement à Séville. Rien de semblable! Tambours graves, YOUYOUS, YOUYOUS, groupe de croix processionnelles portées par des acolytes en soutanelles vertes, roses, jaunes, aux motifs damassés… Il faudrait avoir le talent de photographe de l’ami Hubert Tabutiaux pour montrer l’indescriptible… Des prêtres en turban blanc et même portant des tiares à pendeloques en argent sortent lentement, abrités sous des parasols colorés à long manche. Les vêtements liturgiques de velours brodé, galonnés d’or éclatent de couleurs; les parapluies frangés d’or dansent au-dessus de la foule quand sort le Patriarche qui porte sur la tête le “tabbot” enveloppé dans un riche brocard qui lui encadre le visage. Immédiatement, il semble englouti par la foule électrisée par les chants et les cris. La procession avance comme une vague de couleurs dans laquelle chacun chercherait à se noyer. L’irrésistible tornade spirituelle emporte la foule vers le sanctuaire du quartier voisin qui vit la même cérémonie. Les “Tabotts” se réunissent à se toucher, les clercs et les foules se mélangent et entament une sorte de circonvolution dansée. Puis dans le même concours de fête, chaque quartier ramène son “Tabbot” dans son saint lieu… Quarante ans ont passé, je ressens encore dans mes tripes les frappes saccadées des tambours de cérémonie. Sont-ce ces instruments qui servaient aussi pour les charges héroïques de la bataille d’Adoua qui a fait la gloire du Ras Makonnen puis ouvert la voie du trône impérial salomonien au Négussé Néguest (Roi des Rois) Haïlé Sélassié Premier? Jean-Yves”.
    HT. répond le 07.12.2012: “Tu as bien su ici encore, cher Jean-Yves, décrire l’atmosphère colorée, fervente et festive de cette pittoresque célébration. Timket (l’Epiphanie éthiopienne, 12 jours après Ganna, Noël) tombe le 10 du mois de Ter dans le calendrier éthiopien, soit le 19 janvier (le 20 des années bissextiles) du calendrier grégorien. Voir aussi mon épisode 16 pour une autre fête religieuse: Maskal.”

  6. Jean-Yves C. a écrit le 10.12.2012: “En passant par GONDAR (1974): une orgueilleuse petite cité. Chaque matin, en arrivant dans mon appartement du haut Addis, Téguégné, ma belle mamité, originaire de Gondar, ôtait ses petits talons pour arroser à grande eau le sol carrelé du grand salon. J’avais droit à forces courbettes et à la litanie des Tenastéligne Guetotch, daïna no, daïna, daïna [Bonjour Monsieur, comment allez-vous?]. Confronté à la barrière de la langue, j’appris vite à répondre: “Ténastéligne, woyzéro Téguégné, daïna Nesh, Daïna, daïna!” [Bonjour Madame Téguégné, comment allez-vous? Ca va, ca va!] La répétition multiple de la formule s’avérait nécessaire pour l’étiquette éthiopienne. Téguégné faisait son ménage vêtue de sa robe de fin coton blanc et avait alors l’allure d’une ballerine du Lac des cygnes. Son turban haut serré lui donnait la prestance d’une Bégum, sans diamants, au sourire bleu irradiant. Elle m’avait dit et répété: “Je viens de Gondar”, et ceci avec la fierté d’une bourgeoise de chez nous lançant à la cantonnade: “Je suis née à Versailles, j’habite à Chantilly, ma famille est de Saint-Germain-en-Laye depuis la naissance du ROI SOLEIL. J’avais bien saisi: “A Gondar tout est mieux, et meilleur, et plus parfait que dans toutes les autres provinces du pays”.
    Chaque jour, la nostalgie de sa région natale entraînait la rengaine… Je pris donc un vol intérieur d’Ethiopian Airlines, compagnie à la réputation sans faille, pour me transporter dans la ville-jardin, endormie sous les eucalyptus de grande taille. Un attelage, tiré par une mule harnachée et ornée de grelots tintinabulants et de pompons de laine rouge et bleue, me dépose devant les ruines des petits châteaux crénelés. De dimensions modestes, les courtines me font penser à des petits beurres. Les tours sont de la taille d’une échauguette des remparts de Saint-Malo. Ce ne sont que les restes élégants de modestes palais ibériques, inspirés par les premiers jésuites venus sur les hauts plateaux. C’est pourquoi mon intérêt se porte vers le spectacle de la rue: embouteillages de carrioles grelottantes et pomponnées, procession de petits ânes portant gerbes et fagots, gens affables, souvent raffinés dans leurs salutations et leurs mouvements. Les coiffures, les voiles et costumes féminins sont vraiment plus beaux qu’ailleurs et surtout mieux portés. Les échoppes ne ressemblent pas aux stands du Mercato, mais sont de vrais magasins à devanture. J’y verrai même une librairie où je dénicherai une bible en amarigna et une autre en tigrigna (langue du Tigré et de l’Erythrée). L’alphabet [syllabaire] de l’écriture de la langue amharique confine pour moi au génie humain. Je suis à l’épicentre de la fière province des AMHARAS… Mais je désire également voir le quartier Falasha (c’était avant l’exode organisé vers Israël). Je serai déçu par la hutte synagogue de vieilles tôles qui m’est interdite. En revanche, j’y vois travailler des potiers et sculpteurs d’argile rouge: cafetières à anse large et bec fin, marmites, gargoulettes à haut col, bouchons en forme de sein ou de gland, roi David, lampes à huile, statuettes d’animaux irrésistibles. Les poteries entrent rouges dans les fours et en sortent noires comme du pain brûlé. Malheureusement ces chefs d’œuvre sont fragiles et c’est miracle d’en rapporter sans casse! Je trouverai une modeste “locandia”, comptoir épicier-restaurant qui proposait la traditionnelle galette fermentée injera arrosée d’un wot vermillon violent où surnagent un œuf dur et des boyaux de mouton ou de cabri ressemblant à des macaronis. L’eau pétillante d’AMBO désaltère sans danger le voyageur. Un enfant ramasse les capsules comme des perles. Les pays démunis ont le génie du recyclage. Gondar mérite sa réputation d’intelligence et de bien vivre.Téguégné disait vrai! Jean-Yves”.
    HT. répond le 12.12.2012: “Voyageur hardi et infatigable, Jean-Yves, tu as parcouru l’Ethiopie en tous sens pendant quatre ans, entre 1973 et 1977. Merci de partager avec nous ces récits hauts en couleur et pleins de vie.”

  7. Jean-Yves Courant a écrit le 16.12.2012: “1- ‘Vous n’irez pas à ASMARA‏.’ Septembre 1973. Je reçois des précisions sur ma nomination en Ethiopie. L’ordre de mission du Ministère des Affaires Etrangères mentionne Professeur à ASMARA (ETHIOPIE). J’enquête, je regarde la carte. Je m’inscris à l’école italienne à un cours intensif pour de premiers rudiments qui me seront utiles dans cette ancienne colonie modèle de l’Italie. Je prends donc l’avion pour Asmara, via Addis-Abéba. Dès mon premier contact avec les services culturels de l’Ambassade de France [à Addis], on m’annonce: “Vous n’irez pas à Asmara.” La province est la proie d’agitation et d’événements brutaux des mouvements irrédentistes. La répression a été terrible à Massaoua, le grand port du nord, seul vrai débouché éthiopien sur la Mer Rouge, à cette époque. “Vous êtes nommé à la Taffari Makonnen Compréhensive School. Rencontrez le Préfet des Etudes (un jésuite québécois) et l’autre professeur de français, Christine C.!” Quelle déception! Je dois troquer une résidence dans la Nice de l’Ethiopie, Asmara la Bella contre une chambre à La Pensione Lombardia d’Addis-Abéba plus austère en comparaison… C’est à ce moment que je me jure d’aller voir ce paradis dérobé…
    2- ‘1974: Je suis allé à Asmara.’ Oui, la ville méritait sa réputation, illustrée par son bijou emblématique: la rose d’Asmara, composée d’un coeur de perles entouré de pétales en or ou argent filigranés. Les avenues sont boisées et fleuries de bougainvilliers, larges et proprettes, bordées d’immeubles à arcades ombragées servant de terrasses aux cafés. Je vois un vrai théâtre, un cinéma, une boutique de partitions musicales où je trouverai des transcriptions d’opéra pour petites mains. Je vois moins de pauvres et des passants portant élégamment le costume traditionnel. Les coiffures des femmes, serrées sur le crâne, s’évasent en de multiples nattes sur la nuque. Le port des corps et des têtes est toujours fier. Comme leurs traits sont fins: les lèvres légères, le nez pointu comme les Grecs! Et leur peau plus foncée me fait souvenir de la légende que souvent j’entendrai: Lorsque Dieu a créé l’homme, Il a d’abord pétri une bonne pâte à pain, puis a fait plusieurs essais de cuisson. Il n’a été satisfait de son œuvre qu’après avoir sorti du four l’Ethiopien. Les Blancs étaient ratés, pas assez cuits, les Nubiens, eux, beaucoup trop carbonisés. Je vois de nombreux Italiens restés en retraite dans cette belle province où souvent ils ont fait souche, métissant les esprits, les usages et les sangs. Les anciens colons, artisans, fermiers, garagistes, entrepreneurs, s’alanguissent maintenant sous les arcades. La “Botte” ne leur manque pas, mais il y ont expédié leurs enfants pour études. Je trouve à qui parler en sirotant une limonade. On me fait vite comprendre, car je suis hors jeu, que la Province ne supporte plus la très récente tutelle impériale, la morgue des fonctionnaires amharas, la brutalité sauvage des militaires venus des autres régions d’Ethiopie, l’envahissement des Gallas. Lourde est la nostalgie de l’ordre ancien. Je pensais que l’intégration de l’Erythrée à l’Ethiopie devait être le grand œuvre de Sa Majesté, ce lui sera une épée dans les reins et la première cause de l’érosion de son pouvoir.
    3- ‘Aux confins de l’Erythrée.‏’ Je sonne à la porte du Couvent des Capucins d’Asmara. Les pères italiens m’accueillent fraternellement. Comme j’ai été juvéniste séraphique (petit séminariste capucin), je suis à l’aise dans ce milieu et accepte le repas conventuel. Dans le réfectoire, je fais une rencontre décisive pour la suite de mon séjour érythréen: un jeune abbé, prêtre en Californie, vêtu en clergyman m’interroge en anglais, veut connaître mes projets, ma vie à Addis. Il me propose d’abord de descendre à Massaoua, donc de passer des hauts plateaux (2300m) au bord de la Mer Rouge, par une route vertigineuse en lacets, en 100 km. La ligne de chemin de fer, construite par les Italiens, est coupée, malheureusement et il faut conduire sur une chaussée de géants, bordée de précipices, sur laquelle circulent des véhicules antédiluviens. Nous arrivons dans une ville en ruines. Les bâtiments sont grêlés de traces de balles et d’obus. Le port est ravagé, abandonné: grues pantelantes, rues désertes… mais
    le soleil tape dur, car nous sommes dans un chaudron chauffé à blanc. Il s’est passé des tragédies ici, une guerre civile, le début de la guerre de sécession. Nous trouvons un “FOUNDOUK” devant la mer, qui a pour seul client un vieil Italien et son serviteur appelé Abraha. Nous partageons nos repas maigres et la bière fraîche. Ce lieu de désespoir va pourtant m’offrir le cadeau extraordinaire d’un bain de nuit dans la mer Rouge au milieu du plancton luminescent et des reflets miroitants du firmament dans les eaux noires. Impression inouïe de flotter dans l’Univers! La première expédition s’étant bien déroulée, la sympathie sans nuage de l’abbé m’entraîne à envisager de le suivre à Keren, le village natal où sont enterrés ses parents mais où vivent encore sa tante, des cousins et cousines. Je jubile intérieurement, j’ai trouvé le meilleur des mentors, qui parle anglais et qui a une vision planétaire et lucide. Keren, au nord d’Asmara, est aussi un centre de la rébellion. Grâce à l’aura, à la prestance souriante et à l’intuition de mon guide, nous passerons tous les barrages de police, de l’armée et des milices, dressés sur la piste qui traverse les sables, les rocs, les épineux. La circulation est si rare que l’on croise plus de dromadaires que de camionnettes. Les chèvres ont si peu à ronger qu’elles grimpent dans les arbres pour trouver pitance. L’arrivée à Keren, c’est l’arrivée de l’enfant prodigue d’Amérique. Je suis honoré et adopté dans la foulée. Entraîné dans une case proprette, je suis ébaubi devant ces femmes portant un gros bijou dans la narine et couvertes de pied en cap d’une longue cotonnade. Dans un plateau d’émail, nous déchirons une galette que l’on trempe dans une sauce puissante avec bouchées de cabri. Les femmes attentionnées et très réservées restent debout, mais leur tendresse est palpable. Mais où sont les hommes? Pour échapper aux événements, ils sont ailleurs, invisibles. Les cloisons de la case n’ont pas de plafond et le sommeil sur un bat-flanc est difficile à trouver. Le lendemain, nous décidons de pousser plus loin au nord jusqu’à Agordat, à population musulmane. L’influence du Soudan est manifeste sur les habits, les turbans, les longues galabias blanches. Nous sommes en pleine zone de tension où personne n’a confiance en personne. Grâce à Dieu et à son représentant, j’aurai parcouru la piste de tous les dangers. En 500 km de périple, nous avons traversé plusieurs siècles. Asmara nous offre ses plus beaux charmes de couleurs ocre-rose. A mon tour, je pourrai recevoir et faire visiter sa capitale à mon guide de l’Erythrée, l’abbé M******. Qui aurait pu imaginer que cette région allait s’enfoncer, des décennies durant, dans une longue guerre d’indépendance, des dictatures et des batailles de frontières? JYC.”
    HT. répond le 16.12.2012: “Là encore, Jean-Yves, ton audace t’a permis de vivre une belle et rare expérience. Merci pour le magnifique récit.”

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