EPISODE / PART 8

MON GRAND VOYAGE : ETHIOPIE 1976-78 : 20 mois à travers 10 pays

MY GREAT TRIP : ETHIOPIA 1976-78 :

20 Months across 10 Countries

Episode 8 : Diré-Daoua au début de 1977

Part 8 : Dire Dawa at the beginning of 1977

Si vous arrivez directement sur cette page, lisez ensuite LA PAGE D’INTRODUCTION ET LE SOMMAIRE.

If you arrive directly at this page, please read THE INTRODUCTION PAGE AND THE CONTENTS afterwards.

Après mes belles vacances à l’occasion du Noël éthiopien, je reprends mon travail à l’Académie Militaire de Harrar en ce matin du lundi 24 janvier. La semaine est calme. Le samedi soir, Jean-Luc et moi sommes conviés à une réception au Camp Français. Le lendemain midi, nous sommes invités au restaurant par les Grecs du baptême (v. EPISODE 4), à Diré-Daoua, puis nous prenons un digestif chez le Consul de France. Bien que menant une vie souvent spartiate, nous bénéficions d’une certaine considération de la part de notre entourage et d’une place sociale enviable.

After my nice Ethiopian Christmas holiday, I resume my work at the Harar Military Academy on Monday morning, the 24th of January. The week is quiet. On Saturday evening, Jean-Luc and I are invited to a party at the French Camp. The following day, the Greeks of the baptism (see PART 4) buy us lunch in a restaurant in Dire Dawa, and then we have a liqueur offered by the Consul of France. Although we often lead a Spartan life, we are well considered by our circle of neighbours and our social place is enviable.

dxS8-Ethiopie Harrar Livres révolutionnaires 02.02.77

Le 2 février, je filme ce petit stand de vente de livres marxistes, près de la porte ouest, sur le trottoir, à l’intérieur du rempart de Harrar. Nous apprenons bientôt que ce qui était en fait une révolution de palais vient de secouer le Derg, la junte militaire révolutionnaire au pouvoir. Voici un bref rappel historique (v. ICI): Le Derg (“comité”), annoncé le 28 juin 1974, est un groupe d’officiers constitué pour « maintenir l’ordre et la loi » alors que le pouvoir de l’empereur Hailé Sélassié est de plus en plus contesté. Le souverain est renversé le 12 septembre 1974 et le Derg prend le pouvoir. La monarchie est abolie en mai 1975, le marxisme-léninisme est proclamé idéologie de l’Etat, puis l’empereur meurt dans des conditions obscures le 27 août 1975. Le 3 février 1977, le général Tafari Benti, chef de l’Etat, est tué avec d’autres officiers au cours d’une réunion du Derg qui tourne en fusillade et le lieutenant-colonel Mengistu Haile Mariam (v. Episode 21) devient président de la junte. Le régime va se radicaliser et suivre une voie de « fuite en avant » qui n’est pas sans rappeler les convulsions et épisodes dramatiques de la Révolution française. J’écris à ma famille le 6 février qu’à la suite du coup de force qui vient de se produire, « le couvre-feu à Addis est à 9 h [du soir] maintenant [au lieu de minuit]. Cela n’a aucunement troublé le ciel pur de Harrar où tout continue comme si de rien n’était. Il y a eu seulement vendredi et aujourd’hui à D. Daoua des manifestations obligatoires de soutien au régime ».

Je m’étais bien habitué au « luxe » de pouvoir écouter la radio, mais il nous faut rendre le poste prêté par le Camp Français car les militaires en ont besoin pour eux. Maintenant cela me manque et je veux acheter un poste à ondes courtes. C’est possible d’en acquérir un à Diré-Daoua, mais je n’ai pas assez d’argent disponible. Nous sommes rémunérés par l’Académie Militaire qui nous verse en espèces environ 220 birrs (environ 440 FF) par mois. Nous toucherons un complément en francs sur un compte en France mais ce paiement se fait attendre un peu et le transfert vers l’Ethiopie n’est pas si facile. Si 220 birrs mensuels suffisent pour vivre dans des conditions simples à Harrar, je ne peux pas pour le moment acheter ce poste et devrai à nouveau me passer de radio, pour plus d’un mois.

On the 2nd of February, I film this small stall of Marxist books, near the west gate, on the pavement, inside Harar city wall (above). We presently hear that what was actually a palace revolution has just shaken up the Derg, the military revolutionary junta in power. Here is a short historical reminder (see HERE): The Derg (“committee”), announced on June 28, 1974, is a group of officers set up to ‘maintain order and law’ while emperor Haile Selassie’s authority is more and more contested. The sovereign is overthrown on Sept. 12, 1974 and the Derg seizes power. Monarchy is abolished in May 1975, Marxism-Leninism is proclaimed State ideology, then the emperor dies in unclear conditions on Aug. 27, 1975. On Feb. 3, 1977, brigadier general Tafari Benti, the Head of State, is killed along with other officers during a Derg meeting which ends up in a shooting battle, and lieutenant colonel Mengistu Haile Mariam (see. Part 21) becomes chairman of the junta. The system is going to radicalize and follow a flight-forward trend which can remind of the French Revolution convulsions and tragic events. I write to my family on the 6th of February that after the bid for power that has just happened, ‘the curfew in Addis is at 9 [PM] now [instead of midnight]. It has not at all troubled the clear Harar sky, where everything is going on as if nothing had happened. There were only, last Friday and to-day in D. Dawa, compulsory demonstrations to support the system.’

I was well used to the ‘luxury’ of listening to the radio, but we have to give back the French Camp the big transistor they had lent us for the servicemen need it for themselves. Now I miss it and I want to buy a short-wave radio set. It’s possible to purchase one in Dire Dawa, but I haven’t got enough available money. We are remunerated by the Military Academy which allows us about 220 birrs a month in cash. We will draw a complement in francs on an account in a bank in France but this payment keeps us waiting a little and the transfer to Ethiopia is not so easy. 220 birrs a month is sufficient to live in Harar simply but I can’t afford to buy this radio set just now and I’ll have to do without it again, for more than a month.

dy-Ethiopie Diré-Daoua 06.02.77-

Jean-Luc et moi passons la fin de semaine des 5 et 6 février à Diré-Daoua chez d’autres coopérants. Je prends quelques photos. La vie est très paisible en ce dimanche.

Jean-Luc and I spend the 5th and 6th of February weekend in Dire Dawa with other people serving on Voluntary Service Overseas. I take a few photos. Life is very peaceful on this Sunday.

dz-Ethiopie Diré-Daoua Gare du CFE 06.02.77-

J’aime bien cette photo de la gare du Chemin de fer Franco-Ethiopien (v. EPISODE 2). Les garis et le petit taxi collectif Fiat à deux couleurs sont caractéristiques de l’époque. De la gare rayonnent cinq avenues en éventail, ombragées d’arbres souvent en fleurs, qui longent les jardins de belles villas.

I like this picture of the Franco-Ethiopian Railway station (see PART 2). The garies and the small two-colour collective Fiat taxi are characteristic of those times. From the station, in a fan-shaped quarter, radiate five avenues, shaded by trees often in bloom, which run along the gardens of fine detached houses.

ea-Ethiopie Diré-Daoua Kafira 06.02.77-

Une scène colorée au marché de Kafira.

A colourful scene at Kafira market.

eb-Ethiopie Diré-Daoua Kafira 06.02.77-

Au même endroit, à quelques instants d’intervalle, ces enfants passablement excités ont l’air de sortir d’une école ou d’une activité sportive.

At the same spot, a few seconds earlier, these rather wound up children look as if they had just been discharged from a school or a sport activity.

ec-HT Facture téléphone Harrar 08.02.77-

Si Jean-Luc n’est pas affecté de ne plus avoir de radio, il serait content d’avoir le téléphone. Renseignements pris, c’est possible et même facile. Nous le faisons installer le 8 février. Cette merveilleuse invention est d’une utilité incontestable mais en fait je ne souhaite guère l’utiliser pour des communications avec ma famille, d’autant plus que le contact téléphonique avec la France n’est pas toujours aisé. Je m’en sers surtout pour des motifs utilitaires comme des prises de rendez-vous. Le montant de la première facture est élevé car il comprend la mise en service. Notre numéro est le 66.06.85 à Harrar.

While Jean-Luc is not affected by the the lack of a radio set, he would be pleased to have the telephone at home. We ask for information about it: it’s possible and even easy. We have it put in on the 8th of Fébruary. This wonderful invention is unquestionably very useful but I don’t really intend to use it to communicate with my family. Besides, the contact by telephone with France is not always easy. I mainly phone for utilitarian purposes, as making appointments. The first bill total amount is high for it includes putting into service. Our phone number is 660685 in Harar.

ed-Ethiopie Diré-Daoua Terrasse Ras Hotel 13.02.77-

Nous passons la fin de semaine suivante à Diré-Daoua avec Serge et Annie C., ainsi qu’avec nos autres amis Christian et Danielle P. C’est le moment pour moi de remercier ces camarades car grâce à eux nous avons passé de bons moments lors de nos week-ends à Diré-Daoua. On me voit ici sur la terrasse du Ras Hotel de la ville le dimanche 13 février mais ce qui est intéressant est le panorama: on reconnaît le palais impérial, l’église grecque, l’église de style éthiopien et le pont sur l’oued Dakatou.

We spend the next end of the week in Dire Dawa with Serge and Annie C., and with our other friends Christian and Danielle P. It’s now time for me to thank those mates for through them we spent good moments at our weekends in Dire Dawa. You can see me here on the Ras Hotel terrace roof on Sunday the 13th of February, but what is interesting is the view: one can sight the imperial palace, the Greek church, the Ethiopian-style church and the bridge on the wadi Dachatu.

ee-HT Emploi du temps Harrar Fév.77-

Les séances de cours de français que nous donnons à l’Académie Militaire et à la MPSS durent 40 mn chacune. Nous en avons une vingtaine par semaine en moyenne mais c’est assez variable. Le programme de chaque semaine nous est donné quelques jours à l’avance. Voici un exemple d’emploi du temps pour la période du 14 au 18 février 1977. Parfois nous commençons dès 6h 45 du matin. Dans les intervalles des cours, nous sommes généralement tenus de rester dans l’enceinte de l’Académie. Nous en profitons bien sûr pour faire une partie du travail de préparation de cours et de correction de devoirs. Cette charge en dehors de la classe que connaît tout professeur est relativement légère pour nous car l’essentiel de notre enseignement est oral et basé sur des méthodes audio-visuelles. Entre les cours, nous parlons parfois aussi entre enseignants et j’en profite pour améliorer un peu mon anglais. M. Selechi, un Ethiopien professeur de français, nous est utile par ses conseils amicaux et parfois par ses bons offices de traducteur. Je tiens à le remercier ici. Nous utilisons régulièrement le “labo” de langue mais celui-ci aurait besoin de la visite d’un technicien car plusieurs cabines ne fonctionnent plus.

The French classes we give at the Military Academy and the MPSS last 40 minutes each. We are in charge of about twenty classes a week, but it’s pretty variable. We are given our programme for each week a few days in advance. Here is an example of a timetable for the period from the 14th to the 18th of February 1977. Sometimes we start work as early as 6. 45 AM. Between the morning classes, we usually have to stay in the Academy premises. We do then our work of preparing classes and correcting exercises. This duty outside the classroom every teacher knows is fairly light for us for our teaching is mostly oral and based on audio-visual methods. Meanwhile, we talk a bit to other teachers as well and I try to improve my English a little. An Ethiopian colleague of ours, teaching French, Mr. Selechi, is a help to us: he gives us some friendly advice and sometimes translates for us. I want to thank him now. We regularly use the language “lab” but it needs repairing: a few cubicles don’t work any longer.

ef-Ethiopie Diré-Daoua Brousse 20.02.77-

Le dimanche 20 février, grâce à nos amis de Diré-Daoua qui disposent de voitures, nous pouvons explorer la campagne. C’est une brousse semi-désertique riche en épineux. Nous partons avec trois Land Rovers transportant quatorze personnes en tout. L’un des véhicules vient de se coincer dans une termitière mais c’est l’enfance de l’art de l’en sortir à l’aide du treuil dont dispose une autre voiture. Danielle est là elle aussi pour fixer le souvenir du moment sur la pellicule.

On Sunday, the 20th of February, thanks to our Dire Dawa friends who have cars, we can go and explore the country. It’s semiarid bushwood rich in thorny plants. We leave with three Land Rovers transporting fourteen people altogether. One of the vehicles has just got stuck into an ant-hill but it’s a trifle and it is soon freed thanks to the winch another car is fitted out with. Danielle is here as well to fix the memory of the moment on the film.

eg-Ethiopie Diré-Daoua Brousse 20.02.77-

Scène de brousse devant un puits. Au premier plan, la petite Alexandra, âgée de deux ans environ, est la fille d’Annie et Serge.

Bush scene in front of a well. In the foreground, little Alexandra, aged about 2, is Annie and Serge’s daughter.

eh-Ethiopie Diré-Daoua Brousse 20.02.77-

Le soir descend au point d’eau. Il va falloir songer à rentrer.

Evening at the watering place. It’s time to think of going home.

ei-Lettre Harrar 22.02.77-

Le lendemain, j’écris une lettre à ma famille: je vous laisse lire l’extrait ci-dessus racontant la fin de l’équipée. Cette sortie n’aura laissé que de bons souvenirs en définitive.

The following day, I write a letter to my family. I translate the extract shown above telling the end of the jaunt: ‘… last ray and sinks to the skyline. A few minutes later, our accelerator [cable] breaks. Impossible to repair it! The other car disappears in the dust, to catch up the first one, which has the cable to give a tow. We wait and the night is falling quickly… The others not arriving, we have to make a decision for the nomads are not always friendly with people in a lonely broken down car, especially at night. Following an idea of mine, a guy lies down under the bonnet and activates the accelerator directly on the engine. He guides the driver who can’t see anything because of the bonnet raised in front of the windscreen, in the pitch-dark night. At the speed of about 6 mph, we are approaching and can now sight the welcoming Dire Dawa lights. Just before we enter the town, the first Land Rover arrives at last and tows us. This memorable escapade ends up with a good beer. And I’m ending this letter with great hugs.’

This jaunt will eventually have left very good memories.

ej-Ethiopie Diré-Daoua Comm.Vict.d'Adoua 02.03.77-

Nous descendons à nouveau à Diré-Daoua le 1er mars au soir. Mercredi 2 mars est férié car c’est l’anniversaire de la bataille d’Adoua (v. Episode 21). Cette commémoration patriotique est une occasion pour le pouvoir d’organiser des manifestations de soutien au régime.

We go down to Dire Dawa again on the 1st of March in the evening. Wednesday the 2nd of March is a public holiday for this is Adowa battle anniversary (see Part 21). This patriotic commemoration is an opportunity for the government to organize demonstrations to support the system.

ek-Ethiopie Diré-Daoua Comm.Vict.d'Adoua 02.03.77-

Ces défilés sont toujours hauts en couleur. On me laisse photographier.

These demonstrations are always colourful. I can take photographs.

el-Ethiopie Diré-Daoua Comm.Vict.d'Adoua 02.03.77-

Un autre aperçu. On voit bien le palais impérial. Ces négatifs ne sont pas très bien conservés malheureusement.

Another view. You can see the imperial palace well. I’m afraid these negatives are not very well preserved.

Le même soir, revenu à Harrar, je vais écouter au Camp Français la radiodiffusion en direct du match de football de quart de finale aller de Coupe européenne des Clubs Champions, opposant Saint-Etienne à Liverpool au stade Geoffroy Guichard. Je ne suis pourtant pas un fanatique de football, mais c’est une occasion de saluer les hommes du Camp. Compte tenu des deux heures de décalage horaire avec la France, le match commence ici à 22h 30 et se termine après l’heure du couvre-feu qui est minuit. Je reste donc au Camp pour la nuit. Les Verts gagnent 1 but à 0.

J’écris à ma famille le 3 mars: « Ici, tout est calme, mais la situation de l’Ethiopie n’est pas brillante. Ils ont dit hier à la radio que les Américains stoppaient leur aide militaire, ce qui affaiblira le pays par rapport à ses ennemis, le Soudan et la Somalie ».

That night, back in Harar, I go to the French Camp to listen to the live radio broadcast of the football quarter final first match of European Champions League Cup, bringing together the team from Saint-Etienne and the team from Liverpool at Geoffroy Guichard stadium. I’m not a fanatic of football, though, but it’s an opportunity to greet the Camp men. Considering the two-hour time difference with France, the match begins here at 10. 30 PM and ends after curfew time (midnight). I stay then at the Camp for the night. The Greens (St.Etienne) win 1 to 0.

I write to my family on the 3rd of March: ‘Here, everything is quiet, but Ethiopia’s situation is not too good. They said on the radio yesterday that the Americans were stopping their military help, which will weaken the country facing its enemies, Sudan and Somalia.’

em-Ethiopie Diré-Daoua Ecole vétérinaire 05.03.77-

Nous sommes à nouveau à Diré-Daoua à la fin de la semaine. Voici un dromadaire disséqué et teint au bleu de méthylène, à l’école vétérinaire, le 5 mars. Alors que les nuages s’amoncellent sur l’Ethiopie, Harrar et Diré-Daoua sont calmes et notre vie agréable et bien réglée.                                                           EPISODE 9

We are in Dire Dawa again at the end of the week. Here is a dissected dromedary with parts coloured blue, at the veterinary school, on the 5th of March. While the clouds are gathering above Ethiopia, Harar and Dire Dawa are quiet and our life is pleasant and well organized.                                                PART 9

This entry was posted in Uncategorized. Bookmark the permalink.

16 Responses to EPISODE / PART 8

  1. Pingback: INTRODUCTION | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  2. Pingback: EPISODE / PART 7 | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  3. Pingback: EPISODE / PART 9 | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  4. Pingback: EPISODE / PART 16 | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  5. Pingback: EPISODE / PART 21 | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  6. Pingback: EPISODE / PART 2 | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  7. Pingback: EPISODE / PART 16 | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  8. Pingback: EPILOGUE – QUIZ | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  9. Pingback: EPILOGUE – QUIZ | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

  10. Suge Samire says:

    Merci pour ce travail bien fait sur mon pays. Je suis né a’ 20 km de Dire Dawa, a’ Shinile, tout près du coin où votre voiture avait été tombée en panne. C’est plus précisément au moment où vous visitiez la région que ma mère me mettait au monde. Quel drôle de coïncidence, n’est-ce pas dear freind ?

  11. Merci beaucoup, Suge, pour votre contribution. Vous êtes le premier Ethiopien à réagir directement à mon travail. Maintenant que vous avez posté une fois ici, vos futurs commentaires seront beaucoup plus rapides à faire. Lisez et regardez tout, au fil des semaines, et n’hésitez pas à formuler suggestions et critiques, pour que je complète et améliore mon travail. Encore merci.

  12. BRUNELIN Rémi says:

    L’ambiance à Diré et Harar était vraiment très différente de celle que nous avons connu à Addis dès cette époque (1er trimestre de l’année 77).Serge et Annie C. avec lesquels j’avais eu l’occasion d’en parler m’avaient dit combien leur vie et leur travail étaient agréables à Dire-Daoua à l’Alliance Française, je crois, et combien ils appréciaient peu Addis. Il faut dire que ce début février 77 vit l’élimination physique de Teferi Bante ( Président du CMAP, Comité militaire administratif provisoire_ notez la saveur de ce dernier adjectif !) dans une sorte de règlement de comptes à OK Corral abyssin,la prise du pouvoir par le « camarade lieutenant-colonel Mengistu Haïlé-Mariam » ( qui fera durer son règne sanglant encore 14 ans !) et, dans les jours qui suivirent, le déclenchement de la « Terreur rouge » et la distribution d’armes aux kébellés, ces milices de quartier disposant de pouvoirs de police mais aussi de juridiction civile et pénale. Excusez du peu. Je ne saurai trop recommander à ceux que l’histoire politique contemporaine de l’Ethiopie intéresse de lire le livre, paru en 1981 aux éditions Maspero, « La Révolution hérétique » de René Lefort, correspondant en Ethiopie durant cette période. C’est extrèmement riche.Tout y est raconté et analysé de la façon la plus complète qui soit !
    Les choix politiques du régime n’étaient pas sans conséquence non plus sur notre vie quotidienne comme on va le voir.Il y eut ainsi entre mars et mai 77 de nombreuses fouilles dans tout Addis.Suite à des attentats perpétrés par l’EPRP (oposition de « gauche radicale » aux militaires), chaque quartier, chaque villa, chaque immeuble, chaque appartement, fut systématiquement passé à la fouille pour retrouver d’éventuelles caches d’armes ou d’explosifs, débusquer des clandestins « contre révolutionnaires ». Nous n’avons pas échappé à cette gigantesque opération menée par ces fameux kébélés, eux-mêmes encadrés (heureusement) par quelques militaires.A cette occasion, les habitants étaient consignés chez eux. Ainsi, notre appart, comme tous ceux de l’immeuble, fut passé au peigne fin (était- ce fin mars ou début mai, après la féroce repression contre les étudiants sur laquelle je reviendrai ?). J’ai bien tenté de nous faire passer pour des diplomates en exhibant notre carte d’identité consulaire munie du tampon de l’Ambassade, mais le responsable du groupe, un militaire qui avait oublié d’être analphabète, me fit remarquer que la mention « diplomate » n’y figurait pas.La même carte nous permettait ordinairement d’éviter la fouille corporelle à l’entrée de la poste et des « supermarchés »….La fouille eut donc lieu sans histoire.Inutile de dire que nous ne dissimulions ni armes ni « terroristes ». 2 détails méritent d’être signalés : le même militaire rappela à l’ordre un kébélé qui s’était avisé de feuilleter un des livres de la bibliothèque(!) ; s’il avait dû les examiner tous, nous y aurions passé la journée ! A un autre moment ( nous en étions à la fouille de la chambre), le militaire superviseur me demanda de prendre l’argent (liasse de billets) sur laquelle un kébélé venait de mettre la main dans le tiroir aux sous-vêtements ! On est des révolutionnaires purs ou on ne l’est pas ! Assassins peut-être (et ils le démontrèrent abondamment) mais pas voleurs ! Quand tout fut terminé, on me demanda obligeamment de servir de témoin à la fouille de l’appartement voisin mais je me suis défilé au bout de quelques minutes… Ce qui est arrivé aux amis S. est plus pittoresque.Michel et Carole , à quelques temps de là (je penche pour début mai car c’était après nous), étaient venus déjeuner chez nous un dimanche (il y avait de bons moments, quand même, mais je ne vais pas vous raconter tous nos repas ou sorties dans la campagne du Choa avec les O., les P.,les B., les R.,J-Noël , Norbert ou J-Yves !). En rentrant chez eux, ils constatèrent que les scellés avaient été mis à leur appart !! Ils ignoraient qu’une fouille était prévue et avaient commis l’imprudence de vouloir passer un dimanche entre amis ! Pas question de briser les scellés (comme je soupçonne Carole d’en avoir été tentée) et ils passèrent la nuit chez leurs voisins et amis de palier, les G. Le lendemain, ils durent avertir le kébélé le plus proche de leur souhait de regagner leurs pénates. Il leur fallut subir la fouille. Hélas, ils détenaient un objet de la plus haute valeur acheté dans un magasin d’Addis ou d’ailleurs, un œuf d’autruche ! L’accusation de contrebande fut lancée ! Bref, cela sentait le roussi.Carole déclara préférer briser l’œuf du délit plutôt que de se le voir confisqué.Elle ne précisa pas, mais ça devait se voir, qu’elle aurait encore mieux aimé le leur briser sur la tête…Les choses s’arrangèrent, et après quelques considérations sur les avantages du socialisme et les méfaits du capitalisme, on en resta là. Ce récit nous fit beaucoup rire. Pas autant que celui qui va suivre et qui met en scène ces mêmes amis. Il faut savoir que le couvre feu régnait à Addis à partir de minuit (et il valait mieux le respecter au risque d’essuyer quelques coups de feu dissuasifs ; les bons zabagnas _ gardiens d’immeubles et de villas (obligatoire!) refusaient d’ouvrir les grilles quand l’heure était passée). Il arrivait aussi qu’un couvre feu imprévu et anticipé ait lieu sans qu’on n’en sache rien…Donc, après minuit, les kébélés ouvraient l’œil , prêts à bondir et tirant un peu au hasard au moindre mouvement suspect. C’est ainsi qu’une nuit, Michel et Carole firent un bond dans leur lit, réveillés par une détonation anormalement proche. Et pour cause, une balle venait de frapper le mur de leur terrasse y laissant un impact caractéristique. Les jours qui suivirent, il y eut un défilé d’amis venant admirer ce splendide « trou de balle » … Quant à Michel et Carole, ils optèrent pour une chambre avec vue sur… la cour.
    Par ailleurs, je n’ai pas le souvenir d’avoir craint pour ma sécurité durant ces premiers mois de ma présence à Addis. Nous avions pris l’habitude avec Jean-Noël (j’étais encore célibataire jusqu’en mars 77) de dîner ensemble presque chaque soir dans de petits restos où l’on mangeait vraiment pour pas cher. Après le dîner, chacun regagnait son appart.Lui habitait vers le bas de la Churchill , moi tout en haut, ce qui fait que nous avions les 2 plus belles vues qui soient ( retrouvez les photos qu’Hubert a prises de chez J-Noël et de chez moi, et vous verrez !). Ce qui fait aussi que nous devions nous séparer et rentrer, à la nuit, seuls.(Il n’a eu sa voiture, une petite Fiat 127 vert pomme, la seule, je crois bien, de tout Addis, que début 77 ; on la voit sur des photos d’Hubert.) Quand nous mangions à l’Omar Khayam ou chez Castelli, tout près de chez moi, c’est lui qui redescendait la Churchill ; quand on mangeait chinois, près de chez lui, ou au resto du Ghion Hôtel, c’était moi qui remontait la Churchill, ce qui, à 2 500 m d’altitude, relevait presque de l’exploit sportif. Un soir que des collègues du Lycée français s’arrêtèrent à ma hauteur pour me déposer chez moi, ils furent ébahis que je fasse ça tous les soirs et mette ainsi ma « vie en danger »! Franchement, je n’y avais jamais pensé… et j’ai continué ce manège le temps que J-Noël ait son véhicule.
    Au moment où j’écris ces lignes, il me revient 2 évènements qui relativisent ce que je viens d’écrire.Le 1er notamment aurait pu avoir des conséquences graves. Nous étions partis un dimanche dans la voiture d’amis coopérants, Jean-Pierre et Nathalie P., chez un autre couple d’ amis (VSNA de la cuvée 75 comme J-P et Nathalie) en poste à Debré Zeit, à peut-être 50 km d’Addis, soit 1 h d’une route assez bonne.Nous y avions passé une très agréable journée, barbecue et jardin.Nous en sommes partis assez tard, au point qu’il faisait nuit quand nous n’étions qu’à mi parcours. A un détour, des hommes en armes nous ont fait signe de nous arrêter sur le côté de la route. D’autres voitures étaient garées, coffres ouverts et des gens avaient les bras levés.Nous avons tout de suite compris, malgré l’obscurité, qu’il ne s’agissait pas d’un banal contrôle comme ceux qui étaient systématiquement pratiqués aux entrées et sorties d’Addis par l’armée ou les kébélés.Il s’agissait, de toute évidence, d’une bande de détrousseurs de voyageurs.Pour comble de malchance, nous rapportions pas mal d’argent, en monnaie locale, obtenu par le change « au noir », bien plus avantageux que celui officiel ! (Sans doute, était-ce une des raisons de notre escapade…) J-P s’était arrêté mais n’avait pas coupé le contact.A peine avions-nous « analysé » en quelques secondes la situation qui ne se présentait pas très bien que J-P nous dit très rapidement : « Attention, je fais semblant de me garer mais je fonce! » Et il démarra en trombe (encore une petite Fiat 127, bleue celle-là !), zigzaga sur la route. A l’arrière, je voyais les types nous mettre en joue, mais ils ne tirèrent pas.Nathalie criait : « Maman ! » Quelques kilomètres plus loin, on tomba sur le vrai contrôle et on essaya d’expliquer ce qui se passait tout près de là mais ils firent semblant de ne pas comprendre et l’on n’insista pas… Inutile de dire que les amis à qui on raconta notre mésaventure nous engueulèrent copieusement, en particulier Colette O. qui jugea sévèrement notre inconscience.
    Le 2ème fait, plus léger et même comique finalement, s’est passé quelques semaines plus tard, probablement en avril ou mai 77 car ma compagne, Yveline, était arrivée (elle que d’aucuns surnommèrent longtemps l’Arlésienne !) et c’était l’époque où la levée en masse du « peuple en armes » (à savoir les milices) avait été décrétée.Nous avions déjeuné avec Michel et Carole S., J-P et Nathalie P. et Patrick et Françoise G..Je ne sais plus ce qui a motivé notre sortie mais Nathalie, Françoise, Yveline et moi (le seul mec !) avions pris la même petite Fiat bleue de Nathalie pour aller nous balader l’après midi. Comment cela s’est produit je l’ignore, mais nous n’avons rien trouvé de mieux que d’aboutir à une plaine, à quelques km d’Addis, où des milliers de miliciens ( plus de 100 000 y subirent un entraînement intensif conduit par des instructeurs cubains) étaient regroupés.Ils défilèrent d’ailleurs dans Addis en juin avant de monter au front pour « libérer la Mère Patrie ».(Les troupes somaliennes étaient aux portes de Jijiga, Harar et Diré-Daoua.). Le temps de nous apercevoir de notre méprise, il était trop tard.Notre demi-tour sur les chapeaux de roue parut suspect et on nous intima l’ordre de stopper. Nous avons eu la chance de tomber sur un kébélé parlant anglais et comprenant notre bévue. Quel Farendj, en effet, pourrait être assez stupide pour se baguenauder ainsi en terrain aussi peu hospitalier et où l’entraînement battait son plein ? On nous autorisa donc à retourner d’où nous venions, ce que nous avons fait le plus lentement possible pour ne pas attirer l’attention des groupes que nous croisions et dont le nombre et l’armement étaient impressionnants…
    Hubert faisant une description idyllique de son travail à l’Académie militaire de Harar (« quelques cabines du labo de langues ne fonctionnent plus ! »), je profite de cette occasion pour relater plus longuement mon « travail » à Medhane Alem à la même époque.Lui a pu mener à bout ce qu’on appelle un programme pédagogique avec un public sans doute intéressé. Rien de tel à Addis, en tous cas dans un lycée éthiopien (je ne parle pas ici du lycée franco-éthiopien sur lequel j’aurai l’occasion de revenir). Je compris vite que les motivations de mes élèves étaient très en dessous de ce qu’on pouvait espérer.J’ai déjà dit combien la méthode me semblait peu appropriée et combien le contexte politique était peu porteur…Les cours étaient souvent annulés du fait d’ assemblées générales décidées au dernier moment.Les étudiants (au sens large), pour la plupart hostiles au régime, avaient des revendications aussi bien pédagogiques (cours en amharique et non plus en anglais, langue « impérialiste » ; des moyens, avec la possibilité d’avoir accès à un enseignement de qualité et de plus de 3 ou 4 heures par jour…) mais surtout politiques (l’armée confisquait la Révolution). Ainsi, il m’arrivait souvent de ne trouver personne dans la classe ; les quelques élèves croisés me souriaient, l’air narquois. Je pris l’habitude de rejoindre mes collègues, essentiellement Indiens, je l’ai dit, dans la salle des profs ou dans le jardin, au soleil.Dire que j’en profitais pour préparer mes cours ou venir à bout de mes corrections serait mentir … Je discutais avec ceux qui le voulaient bien ou je lisais.Beaucoup de ces collègues refusaient, sans le dire, de parler de la « situation ».Très vite, j’ai pris le pli d’aller voir des élèves de chacune de mes classes (je n’ai plus aucune idée de leur nombre) pour savoir si, des fois…, ils n’avaient pas l’intention d’organiser une réunion dans la matinée… Il arrivait souvent que les 2 ou 3 classes prévues à mon programme me répondent par l’affirmative. Dans ce cas, je quittais l’établissement, sans oublier de passer voir mon « copain », le proviseur adjoint pour lui annoncer que c’était « meeting » ce matin-là (« meeting » était le terme utilisé par mes étudiants, réjouis) et que donc… Mes collègues me voyaient partir, stupéfaits, eux qui, consciencieusement, restaient toute la journée à attendre que peut-être… Quant au proviseur, il me rétorqua, un jour que j’eus l’audace de lui faire la remarque qu’il y avait décidément beaucoup de « meetings » qu’il n’y avait jamais de grève dans son établissement… Certains cours avaient pourtant lieu normalement, mais je ne jurerais pas qu’on puisse les compter sur les doigts des 2 mains durant le temps où j’y ai exercé! Je me souviens d’un matin où il prit la fantaisie à Jean-Yves C. et Roland R. de venir voir comment ça se passsait dans mon lycée et si, par hasard, ils pouvaient m’aider de quelques conseils judicieux. Je les ai mis en garde tout de suite : ils s’étaient peut-être déplacés pour rien… « Mais non, mais non, tout a l’air bien calme ! » Effectivement.J’accroche mon tableau de feutre et je commence mon cours mais je sentais bien que le cœur n’y était pas. Un étudiant finit par se lever et, très poliment, me fit observer qu’ils avaient mieux à faire ce matin-là et que des sujets graves (bien plus graves que l’enseignement du français à des élèves qui n’en feraient jamais rien, je le conçois sans peine !) méritaient d’être débattus sans délai.Je n’opposai aucune résistance, verbale s’entend, et rejoignis mes 2 compères sur un banc au fond de la classe.Au bout de quelques minutes, on nous demanda de nous retirer. (Il faut savoir que les Ethiopiens cultivent le goût du secret mais je ne suis pas sûr que, de toute façon, nous ayions pu comprendre quelque chose de leurs échanges faits en amharique, seul Jean-Yves le comprenant un peu ; je crois me souvenir d’ailleurs que c’est en s’apercevant que J-Yves essayait de nous traduire tant bien que mal ce qui se disait que la décision a été prise de nous demander de sortir.) Nous rentrâmes donc en centre ville où J-Yves et Roland durent aller faire leur rapport sur le fait que l’enseignement du français n’avançait pas si bien que ça dans la « Nouvelle Fleur » …
    Je ne sais si c’est juste après ce petit évènement qu’eut lieu le grand évènement, tragique au demeurant (et je vais me départir de mon ironie coutumière) qui ne fut qu’un maillon de la longue suite d’évènements sanglants. Je dois dire honnêtement que je n’y étais pas mais que le récit m’en a été fait par un collègue Indien rencontré à Addis, un jour. L’armée ou les kébélés (je penche plutôt pour l’armée) a fait irruption dans l’enceinte de l’établissement un matin où régnait une agitation importante. Fusillades,blessés,morts, arrestations… Le prof me décrivit lui-même et ses collègues à plat ventre dans la salle des profs sous les tables et ne refaisant surface qu’après que la fusillade ait cessé. Il m’encouragea vivement à ne pas me rendre à mes prochains cours. Ce n’était effectivement pas mon intention… Je ne sais ce qu’est devenu mon tableau de feutre et les « marionnettes » chères à l’ami Michel. Ils étaient dans un coin de la salle des profs.Ils doivent y être encore… Ainsi prit fin mon expérience de prof dans un lycée éthiopien en pleine tourmente révolutionnaire.Je croisais, quelques temps plus tard, au Postabet (la poste centale d’Addis) mon « copain », le proviseur adjoint, qui m’assura que j’avais bien fait de ne pas revenir.Il m’annonça, sans apparence de chagrin, la mort de son supérieur, le proviseur, (assassiné probablement par un commando de l’EPRP, en réponse aux évènements récents où il avait dû avoir sa part de responsabilité). Les mois qui suivirent, je travaillais auprès de Christian M. à la Mission de Coopération attendant une nouvelle affectation pour la rentrée de septembre 77. C’est à ce moment que ma compagne, Yveline, vint me rejoindre ; elle occupera l’année suivante un poste de professeur de français au Lycée franco- éthiopien Guebre Mariam, en tant que recrutée locale.

    à suivre après épisode 9

  13. Merci, Rémi, pour tous ces témoignages et éclaircissements qui montrent bien l’ambiance délétère régnant dans la capitale éthiopienne au début de 1977. Vraiment, j’avais bien fait d’insister pour obtenir le poste de Harrar, même si je me suis ainsi fait mal voir par l’Ambassade. Car rien de tout cela ne se passait dans la cité de Rimbaud ni à Diré-Daoua, où nous travaillions agréablement et coulions des jours paisibles. Il fallait seulement bien suivre les instructions: pas de sorties dès la nuit tombée, et ne pas quitter les voitures sur l’axe praticable Harrar-Diré le jour. Cela n’a vraiment pas dû être plaisant pour les coopérants d’Addis de constater que leur travail d’enseignant avait perdu tout sens, en cette période. Jean-Pierre P., tu as fait montre d’une sacrée témérité face aux “shiftas” (bandits de grands chemins), mais en fait tu as agi en homme et c’est ce qu’il fallait faire. Si tu lis ces lignes, ou bien Nathalie, écris-moi.

  14. BRUNELIN Rémi says:

    Juste un mot concernant ces semaines de « travail »auprès de Christian M. à la Mission. « Je fais de la présence à la Mission et heureusement, je fais équipe avec Jean-Yves C.[…] Je regrette beaucoup qu’il parte dans 2 mois ![au Yémen, voir épisode]. Cher J-Yves, que faisions-nous donc dans cette « équipe » ?? J’ai apprécié ces bons moments et ces relations toujours amicales _tu avais offert à Yveline « une petite pièce du temps de Ménélik »!!_Je ne suis pas sûr que tu te souviennes de tout cela… Je veux revenir sur cette période qui suivit l’élimination de Teferi Bante : elle a marqué un tournant dans la situation politique même si nous avions eu , sur le coup, le sentiment que ce n’était qu’une révolution de palais.Dans une lettre à ma famille du 4 février 77, j’en parle abondammnent.La radio officielle (« Voix de l’Ethiopie Révolutionnaire »,francophone, celle ayant succédé à « Radio Voix de l’Evangile »… Je précise là que, ne maîtrisant pas l’Amharique et ne comprenant donc pas les journaux et la radio dans cette langue, seuls « Le Progrès socialiste » et la radio sus nommée nous permettaient d’avoir des nouvelles de l’intérieur, infos à interpréter cela va de soi et à confronter à celles plus fiables de « Radio France Internationale ») présentait les choses ainsi selon mes mots de l’époque : « Teferi Bante et plusieurs autres généraux étaient compromis. » Ils voulaient « avec l’appui de l’impérialisme international » et des forces contre révolutionnaires intérieures « ruiner les conquêtes socialistes du peuple éthiopien ».Mon commentaire perso disait que « probablement, il s’agissait d’une provocation montée de toute pièce par une fraction du Derg menée par Mengistu, vice-président et homme fort du régime, tendance radicale ». J’ajoutais : « Ce qui ne manque pas d’humour c’est que c’est le chef de l’état lui-même (Teferi) qui est accusé d’avoir fomenté le coup d’état ! » Suivaient des considérations plus terre à terre, si j’ose dire, et concernant notre vie à Addis : « Interdiction de se rendre dans les lycées éthiopiens.De toutes façons, ils sont en grève depuis vendredi dernier.Il y a eu ce jour là des troubles dans plusieurs lycées.Plusieurs morts.Il y a eu une grande manif dimanche [obligatoire, donc !]dans le but de dénoncer « l’ennemi intérieur ».Je précisais enfin que, depuis le putsch la ville était « restée parfaitement calme »[ et pour cause…] Enfin, le couvre feu a été avancé à 21 h deux soirs de suite. Ma conclusion est savoureuse : « Les choses évoluent très vite… »

  15. Huberaime says:

    Jean-Yves Courant: “Du French-Cancan sur les ondes africaines en 1976! Cette année-là, le Conseiller Culturel de l’Ambassade de France en Ethiopie avait étudié une demande de “Radio Voice of the Gospel” pour des leçons radiophoniques de français. Les évènements révolutionnaires bouleversant les activités de l’École Normale Supérieure de Français, les attachés linguistiques furent chargés de composer des petites leçons d’un quart d’heure qui seraient diffusées deux fois par jour le matin et le soir. Radio Voix de l’Evangile, d’obédience protestante, possédait, ces années-là, les émetteurs les plus puissants de toute l’Afrique. Les antennes géantes tenues par des haubans comme des mâts de grands voiliers dominaient tout Addis-Abeba et, de là, par dessus le Palais de l’Unité Africaine, couvraient le continent tout entier de leurs ondes radiophoniques. Sous les eucalyptus, au milieu des fleurs de cannas, les studios semblaient modestes comme un carré d’officiers de marine, mais l’on devinait derrière des portes closes de mystérieuses machineries qui allaient porter nos voix par réseau céleste. Les attachés linguistiques s’exercèrent à composer des dialogues de base et de petits exercices de répétition en se servant de la méthode “Le Français en Ethiopie”, célèbre pour son tableau de feutre et ses figurines à accrocher dessus. Après avoir préparé les premières leçons où l’on essayait d’introduire les mots français les plus courants de la langue parlée de façon percutante et pertinente, il fallut trouver une amorce musicale pour introduire et clore l’émission. Le jingle est déterminant pour accrocher et fidéliser les auditeurs inconnus pour de quotidiens rendez-vous. Chacun dans l’équipe avait ses références musicales et ses disques vinyles. Et on écoute et on réécoute ! C’est alors que je propose un extrait du galop final de La Vie Parisienne de Jacques Offenbach: le French-Cancan! Le dynamisme de la mélodie entraîne les suffrages des attachés et des techniciens de la Radio. C’est ainsi que malicieusement, j’ai fait résonner deux fois par jour l’hymne du Moulin Rouge, par la Voix de L’Evangile, de bout en bout de l’Afrique. Cette musique qui bouscule tous les conformismes et l’ordre établi était, involontairement, en phase avec les fracas éthiopiens de ce temps-là.”

    Rémi Brunelin: “Patrick G. officiait à ses moments perdus à « Radio Voix de l’Evangile », une radio protestante qui émettait en partie en français. Un festival du cinéma français était prévu à Addis. Patrick connaissait nos « qualités » cinéphiliques à Michel S. et à moi et il nous proposa de venir en parler lors d’une petite table ronde. Je ne suis pas sûr que nous ayons été très brillants mais ce n’est tout de même pas cela qui a causé ce qui va suivre peu de temps après, à savoir la réquisition de notre « chère » radio et sa transformation illico presto en « Radio Voix de l’Ethiopie Révolutionnaire »! Désormais, nous pouvions entendre en français la bonne parole des nouveaux maîtres du pays.”

  16. jc111 says:

    Bonjour,
    Je viens de tomber et parcourir une partie du site, des photos et des textes, lettres et échanges.
    Voilà un moment à la fois émouvant et passionnant, puisqu’à cette époque, j’ai vécu à Djibouti et, élève de 1ère, j’ai passé mon BAFA et suis parti au Harrar avec une trentaine d’enfants de ressortissants français. C’était l’été 1975… magnifique, malgré la prise de pouvoir des marxistes et la mort du Negus fin août. Le harrar étant son lieu de naissance, l’atmosphère y était curieuse à la fois lourde mais toujours égayée par les sourires des enfants…

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s