EPISODE / PART 19

MON GRAND VOYAGE : ETHIOPIE 1976-78 : 20 mois à travers 10 pays

MY GREAT TRIP : ETHIOPIA 1976-78 :

20 Months across 10 Countries

Episode 19 : Le Rift éthiopien 19-21 Nov.1977

Part 19 : The Ethiopian Rift 19-21 Nov.1977

Si vous arrivez directement sur cette page, lisez ensuite LA PAGE D’INTRODUCTION ET LE SOMMAIRE.

If you arrive directly at this page, please read THE INTRODUCTION PAGE AND THE CONTENTS afterwards.

Cela fait maintenant trois mois et demi que s’est effectuée ma réinstallation forcée à Addis, l’enracinement a réussi et les sept mois et demi à venir avant la fin de mon contrat s’annoncent sous de bons auspices. Mon nouvel appartement, très agréable, donne sur « les beaux bâtiments du lycée Franco-Ethiopien Guebre Mariam, ainsi que [sur] ceux, voisins, de l’Ecole Normale Supérieure de Français. L’appartement est au centre de la ville, si tant est que l’on puisse parler de centre à Addis [23 nov.]». Ma colocataire, Marie-Josée, est une Corse attachée à ses racines, et une camarade agréable. « Lundi [21 nov.] était jour férié pour nous, ce qui fait que j’ai eu 4 jours de vacances [je ne travaille pas le mardi à l’Alliance]. J’en ai profité pour aller avec des amis, en voiture, avec accord de l’Ambassade, dans la Rift Valley. On part par Debré-Zeit et on tourne à droite peu avant Nazareth ».

I was forced to settle down in Addis three and a half months ago; I managed to sprout roots and the seven and a half more months I’m to spend here until my contract ends look promising. My new flat, very pleasant, overlooks ‘Guebre Mariam Franco-Ethiopian highschool fine buildings, and Grande Ecole for training of French teachers next ones. The flat is in the city centre, if Addis has really got a centre [23 Nov.]’. My flatmate, Marie-Josée, is a Corsican proud of her roots, and a good companion. ‘Monday [21 Nov.] was a public holiday for us, so I had four days off [I don’t work at the Alliance on Tuesdays]. I made the most of it and went to the Rift Valley, by car with friends, with the French Embassy permission. One goes first to Debre Zeit, and then one turns right a little before Nazret’.

iv-Ethiopie Rift Lac Awassa 19.11.77-

Le samedi 19 novembre, je pars donc avec Jean-Noël, qui nous conduit dans sa petite Fiat verte, en compagnie d’Yveline et de Rémi. Nous nous rendons directement au lac Awassa, situé à environ 250 km au sud d’Addis. Ce beau plan d’eau au caractère très africain possède beaucoup de plantes aquatiques et constitue un refuge pour de nombreux oiseaux.

So, on the 19th of November, I go with Jean-Noël, who drives us in his little green Fiat, in the company of Yveline and Rémi. We go straight to Lake Awasa, located about 250 km south from Addis. This fine stretch of water has a very African look and it owns many aquatic plants which provide a shelter for a lot of birds.

iw-Ethiopie Rift Lac Awassa 19.11.77-

Une autre vue du même lac. On aperçoit des oies sauvages, alors que le premier plan montre de petits nids suspendus.

Another view of the same lake. You can sight wild geese, while the foreground shows small hanging nests.

ix-Ethiopie Hôtel Filwoha à Shashemane PHOTO JNB 19.11.77-

Nous passons la nuit à l’hôtel Filwoha à Shashemane, un peu au nord du lac Awassa. Nous disposons pour nous quatre d’un petit bâtiment en dur en forme de toukoul, véritable petite “suite”, avec salon et chambre. Pour une sortie de campagne, cet hébergement est presque luxueux. A titre indicatif, je précise que cette nuitée nous revient à 44 birrs tout compris pour nous quatre. Bien que la photo ci-dessus ne présente rien que de très simple, j’aime bien ce cliché, beau souvenir de ces temps d’insouciance et symbole de ces moments forts et passionnants. J’apparais ici à gauche, à côté de Rémi et Yveline, alors que Jean-Noël immortalise l’instant (photo Jean-Noël B.).

We spend the night at Filwoha Hotel in Shashamane, a little north from Lake Awasa. We have the use of a tukul-shaped small permanent structure for the four of us, a real little “suite”, with a living room and a bedroom. For an excursion to the country, these lodgings are nearly luxurious. Let me mention we paid 44 birrs altogether for the night, for the four of us. Although this photo (above) is simple, I like it for it represents a fine memory of those carefree times and a symbol of those strong and enthralling moments. You can see me on the left, beside Rémi and Yveline, while Jean-Noël immortalizes the instant (photo by Jean-Noël B.).

iy-Ethiopie Rift Shashemane 20.11.77-

L’hôtel Filwoha se situe dans un beau cadre verdoyant et bien fleuri. A proximité, le lendemain matin, nous découvrons ce toukoul, duquel s’échappe une légère fumée, dans son site luxuriant. Nous payons l’hôtel et nous nous préparons au départ. Alors que nous allons démarrer, un employé arrive en courant pour nous dire qu’une petite planche d’un meuble de notre chambre a disparu. Bien sûr, nous n’avons rien volé, mais c’est vrai, pour loger un sac, nous avons poussé cette pièce verticalement au fond du meuble, et l’employé, dans sa hâte à vérifier à notre départ que rien ne manquait, a craint que nous n’ayons emmené la planche.

Filwoha Hotel is situated in fine verdant surroundings, with a lot of flowers. Close at hand, the morning after, we see this tukul, from which some light smoke is ascending, in lush vegetation. We pay for the room and we prepare our leaving. While we are about to move off, we see an employee running up to tell us that a small plank from a piece of furniture in our room is missing. Of course, we didn’t steal anything, but that’s right, to make room for a bag, we pushed this part vertically against the back of the small cupboard, and the employee, in his haste to check everything, feared we had taken the plank.

iz-Ethiopie Rift Lac Shala 20.11.77-

Le 20 novembre, nous remontons vers le nord en visitant successivement les cinq autres grands lacs qui donnent à la région tout son intérêt. Notre premier arrêt est pour le lac Shala, aux eaux sodées.

On the 20th of November, we go back northwards and we visit successively the other five large lakes which make the region so interesting. Our first stop is at Lake Shala, whose waters are laden with soda.

ja-Ethiopie Rift Lac Shala 20.11.77-

Une autre vue du même plan d’eau. Le temps est chaud et le cadre assez aride.

Another view of the same stretch of water. The weather is hot and the setting rather arid.

jb-Ethiopie Rift Lac Shala PHOTO JNB 20.11.77-

Yveline apparaît au premier plan sur ce cliché. La photo précédente est probablement celle que je m’apprête à prendre ici (photo Jean-Noël B.).

You can see Yveline in the foreground of this snapshot. The previous photo is probably the one I’m about to take here (photo by Jean-Noël B.).

jc-Ethiopie Rift Lac Shala 20.11.77-

Une autre image du lac Shala, au même endroit. Le site compte plusieurs sources bouillantes. Nous sommes ici dans la grande faille de l’Afrique de l’Est, zone volcanique.

Another picture of Lake Shala, at the same spot. The place has several boiling springs. We are here in east Africa great fault, a volcanic area.

jd-Ethiopie Le Rift PHOTO JNB 20.11.77-

Un peu plus loin, nous nous arrêtons près du lac Abiata, qui héberge beaucoup d’oiseaux, dont de très nombreux flamants roses. Nous nous approchons et les envolées constituent un joli spectacle. Quand nous revenons à la voiture, nos “gardiens” (ci-dessus, photo Jean-Noël B.) n’y sont plus. La voiture a été ouverte et fouillée. Des vêtements, du matériel et de l’argent ont disparu. Mais rien de très important, et nous sommes contraints de faire contre mauvaise fortune bon coeur.

A little farther, we stop at Lake Abijatta, a refuge for many birds, including a lot of flamingoes. We go nearer and the birds taking flight constitute a pretty show. When we get back to the car, our “guards” (above, photo by Jean-Noël B.) aren’t here any longer. The car has been opened and searched. Some clothes, pieces of equipment and money have gone. But nothing very important, and we have to put up a good show, since we can hardly do anything about it.

je-Ethiopie Rift Lac Langano 20.11.77-

A courte distance, nous faisons halte au lac Langano. Ce plan d’eau est considéré comme le seul de la région à être sain pour la baignade, et attire des excursionnistes de la capitale. Nous ne nous risquons toutefois pas à nous rafraîchir dans ses eaux brunes. Plus loin, nous jetons aussi un coup d’oeil aux lacs Zwai et Koka, qui nous semblent moins accessibles.

Close by, we halt at Lake Langano. This stretch of water is considered the only one in the region to be safe for bathing, and attracts trippers from the capital city. However, we don’t take the risk of going for a swim in its brown waters. Further, we also have a look at Zwai and Koka lakes, which seem less accessible to us.

jf-Ethiopie 'Hippo Pool' Aouache, près Adama 21.11.77-

Après une nuit passée près d’Adama (Nazareth), nous visitons à proximité l’«hippo-pool», au confluent du fleuve Aouache et d’un ruisseau chaud. Un des grands pachydermes se devine à gauche du tronc d’arbre. L’endroit héberge aussi des crocodiles, et ne convient pas du tout pour faire trempette.

After spending the night near Adama (Nazret), a short drive leads us to the “hippo-pool”, at the confluence of the river Awash and of a warm brook. One of the big pachyderms can be sighted on the left of the tree trunk. Some crocodiles dwell at this spot as well, and the place is not suitable at all to have a dip.

jg-Ethiopie Sodéré, près Adama 21.11.77-

Un peu plus loin, nous nous arrêtons à Sodéré, lieu verdoyant agréable pour se rafraîchir, au bord du fleuve Aouache. De nombreux petits singes pas très farouches peuplent ces espaces bien boisés. Puis c’est le moment de terminer la belle excursion de ce long week-end, et nous rallions la capitale.                                            EPISODE 20 

A little further, we stop in Sodere, a verdant place pleasant to refresh oneself at, by the river Awash. A lot of small monkeys, not very shy, populate this woodland. Then it’s time to finish this long weekend fine excursion, and we get back to the capital.               PART 20

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16 Responses to EPISODE / PART 19

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  5. Ce lac se situe-t-il dans ou à proximité de la fameuse vallée qui serait à l’origine de l’aventure humaine?

  6. Merci, Charles-Henri, pour tes visites et tes contributions. Oui, le grand Rift de l’Afrique de l’Est est la vaste région où l’on a retrouvé les plus anciens représentants de notre lignée. La célèbre Lucy, quant à elle, fut découverte en 1974 dans le triangle de l’Afar, à la fin du cours endoréique du fleuve Aouache (Awash).

  7. Charles-Henri, continue la lecture, bien des aventures m’attendent encore.

  8. Olga says:

    Thanks, Hubert, it’s always interesting to read about the places you’ve never been to and for you I think these photos are so memorable!

  9. Jean-Yves C. a écrit le 12.06.2012: “Tes photos restent très belles même si le temps qui passe les pastellise. Je retrouve les tons roses des eaux sodées des lacs de la Vallée du Rift. J’ai vu sur le lac Abiata des envols d’oies sauvages et des escadrilles d’ibis au long bec recourbé; certains noirs et blancs, d’autres couleur de feu et de sang. Sur des troncs d’arbres morts, l’aigle pêcheur attendait sa proie. J’allais très souvent bivouaquer au lac Langano… Gérard C., professeur à l’université d’Addis, avait un zodiac. Il faisait faire du ski nautique à sa famille, il m’a initié à ce plaisir. En revanche, la pêche aux énormes poissons-chats ne m’attirait pas. Un de mes pires souvenirs vient de Langano: Lors d’un bivouac paisible avec mes amis autour d’un petit feu… je vois surgir mes collègues de l’Ecole Normale Supérieure de Français où j’avais été muté. Ils avaient décidé de camper sur une île au milieu du lac Langano. Ils disposaient d’un bateau en fibre de verre et avaient emmené des cantines
    pour le matériel de pêche, des vivres, des bouteilles… et des concubines du cru. Une longue soirée sous le firmament étoilé commence, tranquille… Tout à coup surgissent deux silhouettes éperdues et gesticulant: Notre bateau a coulé à mi-distance de l’île, il s’est rempli d’eau par le fond en quelques minutes car alourdi par les sacs et le matériel du campement. Tout le monde s’est retrouvé naufragé dans le lac. Cela se passait à la tombée de la nuit. Ils ont été guidés vers le rivage par notre petit feu. Ils étaient dégoulinants… et surtout, une jeune Ethiopienne n’avait pu regagner le rivage. Avec nos lampes nous avons cherché et appelé: silence et nuit d’encre! Le lac si éblouissant de lumière semblait un abîme glauque et hostile. Au lever du soleil, la petite troupe de coopérants menée par Renaud Plaisant et “le gros G.” (le compagnon de la disparue) a entrepris le tour du lac. Ils sont revenus ayant trouvé le cadavre sur les rochers coupants… déjà attaqué par les becs et les pinces. Que faire si loin de tout? Il faut rentrer tout de suite à Addis… à 250 km, je crois. Tout le groupe était très éprouvé après le naufrage, la nuit, les émotions. Je ne connaissais pas la jeune femme et étais moins atteint. Ma méhari que l’on pouvait transformer en camionnette semblait plus adéquate pour transporter la morte déjà rigidifiée. Ils ont donc enveloppé le cadavre dans une couverture et l’ont déposé à l’arrière de ma voiture. Un coopérant à mes côtés et G. accroupi à l’arrière jouxtant le corps enveloppé… Aucune autorité ou police n’était encore prévenue… Nous décidons de ne le faire que dans la capitale avec la possibilité de recevoir l’aide consulaire. Et voilà le convoi parti: la land rover des collègues me suivait à courte distance. Ces quatre heures de conduite sous un soleil de plomb ont été terribles: j’apprends que la jeune éthiopienne avait un petit garçon devenu tragiquement orphelin. J’entends des larmoiements venant de derrière. Puis par le rétroviseur je vois le collègue effondré sur la gisante… qui avait doublé de volume du fait de la chaleur. Je me souviens que dans un village, nos voitures ont été entourées de curieux, de petits vendeurs et autres mendiants… et ils ont deviné ce que nous transportions et ont commencé à geindre, puis à hurler des lamentations avec force gestes vers les cieux. On a filé, roulé jusqu’à l’hôpital d’Addis. Le corps a été mis à la morgue. Je fermais presque les yeux. J’ai laissé le groupe faire les formalités policières. J’ai échappé à l’enquête. Je sais que G. a eu une interdiction de quitter l’Ethiopie, que la famille de la morte a été assez fataliste et que l’Ambassade a fait muter le gros G. au Chili!… Quant à moi je me suis encore plus éloigné de mes collègues. Nous n’avions pas trop d’affinités. Peut-être étais-je trop coincé du fait de mon éducation au couvent… Et pourtant je les ai tirés de la panade en transportant ce cadavre: Personne ne m’en a jamais parlé ni su gré. Il est vrai qu’un cadavre, cela s’enfouit!.. mais j’y pense toujours. JYJ.”
    HT. a répondu le 13.06.2012: ” Oui, le lac Abiata est p-ê le plus beau. Je ne suis allé qu’une fois aux lacs du Rift. Heureusement, pas de cadavre pour moi! Ton épisode dramatique fait froid dans le dos. Vraiment, tu as des souvenirs marquants qui méritent d’être racontés.”
    Jen-Yves C. a écrit le 13.06.2012:”Je crois que le mot “abiata” veut dire blanc ou lait car l’eau est trouble et salée. Les oiseaux les moins farouches étaient les marabouts: sortes de pélicans
    à double menton et tête déplumée. Malgré une envergure impressionnante, ils avaient du mal à s’élever au dessus des eaux. En fait ils campaient sur la plage à nos côtés pour picorer nos reliefs. Les multiples nids des oiseaux tisserands attachés aux branches par un fil tressé nous interrogent sur la génétique. Si j’ai bonne mémoire, c’est à Shashéméné que vivaient les Rastas d’Amérique, pauvres hères ayant mélangé Terre Promise et Marie-Jeanne. Leurs bonnets masquaient des nattes laineuses, poussiéreuses et farcies de parasites… Les Arussis (Gallas) avaient une allure de princes. Les hommes minces, les traits d’une perfection grecque, ne portaient souvent qu’un pagne de cuir, un bâton ou parfois un fusil d’autrefois. Les femmes portaient aussi peu de vêtements; le pagne était accroché à l’épaule, surtout qu’elles étaient la plupart du temps [chargées] d’un gros fagot de bois, d’une lourde amphore ou d’une bassine en émail juchée sur la tête. Et quel éblouissant sourire! Et quel étrange regard face à nous autres les farendjes prédateurs……… Je commence le chapitre 20.”

    • Guillaume says:

      J’étais sur le bateau qui a coulé à pic dans le lac Langano .J’ai nagé longtemps , longtemps , très longtemps , seule ! Au début de jour ensuite de nuit , avant de pouvoir regagner la terre ferme .Mauvaise nageuse : j’ai failli y perdre la vie…Avec le recul , je suis encore étonnée d’avoir réussi à survivre à cet accident .C’est donc un évènement que je connais bien et que je n’ai jamais pu oublier.Vous n’êtes pas la personne qui m’a accueillie au sortir de l’eau !!! Je venais d’arriver en Ethiopie où j’ai travaillé au Lycée Guebre Mariam pendant sept ans….Certains détails sont faux dans votre récit .
      Ce message s’adresse à Jean- Yves C.
      Jeannine G.

      • Bonjour Guillaume, et merci pour votre intervention, que je ferai suivre à JYC. N’hésitez pas à contribuer encore et à communiquer directement avec moi. Ecrivez à: huberaime@hotmail.fr
        Tout document ou témoignage de première main sur cette époque m’intéresse vivement.

    • Dominique Pinon a écrit le 29.07.2014:
      “Bonjour, c’est Jeannine G. qui m’a fait récemment connaître votre blog « Mon grand voyage Ethiopie ». Je l’ai parcouru avec intérêt. Votre témoignage est précis, humble et enthousiaste avec des illustrations opportunes et de qualité. Pour en faire une lecture plus confortable, [je vais le commander]. Ce livre s’ajoutera à ma bibliographie/bibliothèque éthiopienne assez conséquente.
      J’ai une remarque à faire sur les commentaires d’un certain Jean-Yves.C et je compte sur vous pour lui transmettre cette remarque qui ne s’adresse pas à vous.
      Dans des envolées lyriques douteuses Jean-Yves.C. utilise des termes méprisants et déplacés concernant certaines personnes (« des concubines du cru… » « le gros G… ») et plus grave donne une version très déformée de l ‘accident.
      Ayant été un des acteurs de ce drame je souhaite dans les lignes suivantes remettre un peu de vérité.
      Les acteurs dont certains sont aussi victimes :
      – Christian G., enseignant détaché au département de Français de la CEA, propriétaire du bateau en fibre, dit « le gros » par Jean-Yves.C
      – Aster, jeune femme éthiopienne, compagne de Christian G. depuis 2 ans (la concubine du cru…)
      – Renaud P., intervenant à la Mission de coopération à Addis
      – Jean-Claude B., professeur d’anglais au Lycée G. Mariam, décédé en 2008
      – Etienne B., VSNA, certifié d’anglais, enseignant au Lycée G.M
      – Chantal C., universitaire, compagne d’Etienne Brunet qu’elle a suivi en Ethiopie.
      – Jeannine G., enseignante au Lycée G. M, mon épouse à l’époque
      – Moi-même, enseignant au Lycée G.M
      Les faits :
      Un samedi apm d’octobre 1975 nous arrivons sur une rive du lac Langano, nous sommes 8 avec 2 bateaux, un bateau en fibre et un Bombard de 4,5 m. A cet endroit il y a un petit campement occupé par Michel D., coopérant, et une autre personne dont j’ai oublié le nom et l’aspect physique. Michel est ami de Renaud P. Après quelques préparatifs nous mettons les bateaux à l’eau pour nous rendre sur une île où nous souhaitons camper pour la nuit. Dans le bateau en fibre équipé d’un moteur puissant il y a 6 personnes dont les 3 femmes équipées de gilets de sauvetage et un peu de matériel. Renaud P. et moi-même sommes dans le Bombard avec l’essentiel du matériel. Dès le départ notre moteur connaît des problèmes de carburation. Nous décidons de faire demi-tour pour refaire du carburant propre, les autres décident de continuer et de nous attendre sur l’île car il fera bientôt nuit. Alors que nous nous apprêtons à repartir [du campement pour rejoindre l’île et qu’] une bonne heure s’est écoulée, nous apercevons qqu’un allongé au bord de l’eau, nous nous approchons, c’est Jean-Claude B., épuisé malgré un physique hors normes, qui nous explique que le bateau en fibre avait coulé à pic (nous n’avons jamais pu connaître la raison exacte de ce naufrage, sinon émettre des hypothèses), que lui-même avait rejoint le rivage à la nage et que les 5 autres étaient en situation de se noyer au milieu du lac, la nuit était presque tombée. Immédiatement, Renaud et moi, équipés de torches partons à leur recherche. Nous demandons à Michel D. d’alimenter généreusement un feu de camp pour avoir un repère. Il faut ajouter qu’une violente tempête de vent s’était levée et que la navigation comme la communication (bruit du vent et de l’eau) devenaient très compliquées. Après 2 heures de recherches environ nous localisons une première personne, c’est Christian G., épuisé, que nous réussissons après de nombreux efforts (il pèse 110 kg) à hisser à bord. Nous poursuivons les recherches, il y a urgence, et trouvons Etienne, épuisé lui aussi, portant sur son dos, Chantal, inconsciente. Nous les hissons à bord et décidons de rejoindre le rivage, le bateau est trop chargé et la tempête tjrs forte avant de repartir à la recherche des deux autres, Jeannine, et Aster. Grand soulagement pour moi à l’accostage quand j’apprends que Jeannine, mon épouse, a réussi à rejoindre la rive après des heures de nage, de lutte et de ténacité pour vivre et d’angoisse. Elle n’avait jamais nagé 25 m seule de sa vie…. Certes elle avait un gilet de sauvetage, mais plutôt usagé. Le haut de son corps, le cou était profondément meurtri par les frottements du gilet.
      Rassuré pour ma part, nous repartons Renaud et moi à la recherche d’Aster. Nos recherches sont vaines après plusieurs heures, épuisé je demande à Renaud de me ramener au rivage, je veux aussi prendre des nouvelles de Jeannine ; épuisé lui aussi il repartira cependant plusieurs heures avec une autre personne. En vain.
      C’est à la levée du jour, à l’opposé du lac (15 à 20 km) que le corps sans vie d’Aster sera retrouvé par les personnes résidant à l’hôtel Bekele Mola. Un violent courant à l’épicentre du lac l’a entraînée bien au-delà du lieu pourtant vaste de nos recherches. Nous rejoindrons Addis dans la journée du dimanche, je n’ai pas souvenir d’une méhari transportant le corps de la victime, mais je ne peux l’infirmer. Victime d’une fracture au pied j’ai dû me rendre à l’hôpital d’Addis au retour.
      Conclusion : 1 victime dans un bilan qui à qques minutes près aurait pu être beaucoup plus lourd…
      Accusés d’homicide nous avons tous subi séparément plusieurs interrogatoires par la Police d’Addis. La concordance de nos témoignages nous permit d’être innocentés. Christian G., propriétaire du bateau, donc responsable… mais pas coupable, fut condamné à indemniser la famille d’Aster. Nous fûmes tous solidaires. Il s’engagea également à prendre à sa charge les frais d’éducation de la très jeune fille d’Aster (et non d’un jeune garçon) jusqu’à sa majorité. Engagement tenu jusqu’au bout que le hasard m’a permis de constater 20 ans plus tard. Quant à son affectation au Chili, il faut savoir que par principe de précaution, le Ministère des Affaires Etrangères procède ainsi dans des cas similaires avec tout son personnel, contractuel et titulaire. En 1981 par exemple, le Directeur français de l’école primaire du Lycée G. Mariam fut muté en Espagne suite à l’assassinat de son fils et de sa femme dans une zone proche de la ville d’Awash.” Dominique Pinon
      HT répond le 04.08.2014: Merci Dominique pour ce témoignage détaillé, que je ne manquerai pas de communiquer à JYC. N’hésitez pas à contribuer encore à notre travail de mémoire, sur d’autres épisodes.

  10. Rémi Brunelin a écrit le 30.08.2012: “Hubert évoque à la fin de son épisode 18 une sortie dans la région d’Entoto, le col au dessus d’Addis, à 3000 m d’altitude. Je me souviens de ce groupe d’enfants qui s’est laissé photographié (j’ai les mêmes photos) gentiment et de ces églises aux toits de tôle ondulée qu’Hubert vous laisse voir sur ses clichés (j’ai les mêmes aussi). Je n’ai rien à ajouter à ce qu’il rapporte de ces bons moments. Je n’ai pas évoqué la présence de l’Eglise Chrétienne Orthodoxe éthiopienne, pourtant très forte surtout à Addis et dans le Choa et cette partie de l’Ethiopie. (le « 1er empire Chrétien du monde » disait une affiche, 1er au sens chronologique.) Il suffit de voir (et de lire les pages d’Hubert à ce sujet) les fabuleuses églises-sanctuaires de Lalibela taillées d ‘une pièce dans la roche ou d’assister (ne serait ce que par les reportages nombreux qui y ont eu lieu) aux cérémonies ferventes et fastueuses au moment des fêtes de Timket (l’Epiphanie copte du 19 janvier) pour mesurer le sens du sacré qui anime encore ce pays. Hubert montre bien dans les épisodes qui vont suivre que , lors de manifestations commémoratives comme celle de la victoire à la bataille de l’Adoua contre les Italiens en 1896, on peut voir les portraits de Marx, Lénine ou Mao côtoyer les magnifiques croix coptes et les dignitaires religieux siéger aux côtés du « Camarade Président » du Derg… Notre « mamitée » semblait extrèmement croyante.Elle suivait une longue période de jeûne au moment du Carême. Par ailleurs, et sans qu’il y ait le moindre rapport sans doute, elle n’accepta jamais de manger quelque viande que ce soit, préférant souvent se faire revenir une poignée de piments dans la poële, dont une seule bouchée aurait suffi à nous brûler la gorge au 3ème degré ! Hubert évoque aussi dans l’épisode 19 un moment dont nous avons été les héros bien involontaires. Je veux parler de ce séjour que nous avons fait dans la région des lacs avec lui et J-Noël. Nous avions déjà eu l’occasion de nous y rendre au printemps (c’était une région sans problème sur le plan sécurité et assez facile d’accès par la route, à 250 km d’Addis) avec J-Pierre et Nathalie P. et Alain et Tiphaine P. dans 2 voitures. A cette époque, nous avions loué un bungalow pour 6 devant le lac de Langano, le seul de ces nombreux lacs où l’on peut se baigner.Hubert fait remarquer qu’en novembre 78, nous ne sommes pas baignés dans ses eaux noires.Quelques mois plus tôt, nous l’avions fait.La nage y est certes mal aisée et pénible même car les eaux y sont lourdes mais la température de l’eau est très agréable et nous étions venus aussi pour le farniente cette fois là. Une anecdote à ce sujet :un matin que nous prenions, le soleil, Nathalie , Yveline et moi, sur la plage (enfin, c’est un bien grand mot, mais bon, il y avait ce qui ressemblait à du sable), toute une troupe de militaires a surgi, occupant la plage pour procéder à quelques exercices. Je ne sais pas pourquoi, mais nous avons récupéré prestement nos serviettes et sommes revenus à notre bungalow… C’est à la fin de ce séjour ( nous avions visité les autres lacs de la région_ Shalla, Abyata, Awasa_ et avions renoncé à un dernier dont j’ai oublié le nom, car nos véhicules n’y auraient pas résisté) que nous avions fait étape dans un superbe hôtel de la région (mais je ne sais plus non plus où c’était exactement…) pour une nuit.Le lendemain matin, juste au sortir de l’hôtel,nous avons eu droit à un barrage de kébélés exigeant de fouiller les coffres de nos 2 voitures. Je tentai de leur expliquer que nous venions de passer la nuit à l’hôtel… Alain ne rechigna pas beaucoup mais J-Pierre, excédé par ce qu’il considérait comme du harcèlement stupide (nous sortions de l’hôtel comme nous y étions rentrés la veille au soir et on ne voyait vraiment pas ce qui aurait pu se passer pendant la nuit nécessitant une fouille à notre départ dès potron-minet !) manifesta sa mauvaise humeur d’une façon originale.Il baissa son pantalon et présenta son postérieur aux kébélés qui n’en croyaient pas leurs yeux. Jamais un Ethiopien ne se serait permis un tel écart ni n’en aurait d’ailleurs pris le risque. Cela nous a valu une fouille approfondie des 2 véhicules,le contenu des valises et des sacs minutieusement vérifié puis rangé, il faut bien leur rendre justice. Ce n’était certes pas une plaisanterie très fine mais on a bien rigolé…quand tout fut fini. Cet épisode glorieux (notre résistance aux principes tatillons éthiopiens !) me sert de transition pour évoquer l’épisode dont parle Hubert, celui où, lors d’une balade sur les bords du lac Abyata, nous nous sommes faits dérober quelques affaires. La voiture n’avait pas été forcée, l’un de nous avait dû négliger de fermer une portière ou une vitre. Il est vrai que, quand nous avions fait demi tour pour revenir vers la voiture, on aurait pu avoir la puce à l’oreille en voyant tous ceux, jeunes pour la plupart (certains sont sur nos photos quand ils nous accompagnaient au début de la balade) qui entouraient la voiture, partir en courant…Nous n’avons pas tardé à remarquer des traces de boue sur les sièges arrières et la disparition de quelques affaires et d’un peu d’argent pour J-Noël ou Hubert. Le meilleur a été pour le soir, à l’hôtel, près de Nazareth, quand nous avons constaté , petit à petit, d’autres disparitions dont celle ( qui me bouleversa ) de mon magnifique pyjama.A la pensée de nos voleurs revêtant dans leur « toucoul » mon pyjama orange fluo ou la nuisette d’Yveline, une crise de fou rire nous a pris et nous a occupés longtemps ! Le lendemain, à Sodere, les petits singes se montrèrent vifs et sympathiques et pas chapardeurs pour un sou…”

  11. Merci infiniment, Jean-Yves et Rémi, pour vos considérations et anecdotes savoureuses ou dramatiques, complétant mon récit au style plus dépouillé.

  12. BRUNELIN Rémi says:

    J’ai retrouvé (lettre du 10 avril 77) le lieu où nous avions passé la nuit avant l’épisode comique du postérieur de J-Pierre exhibé à la face des kébélés ébahis. Il s’agit de Koka !L’hôtel se situait en bordure du lac Koka près de Nazareth. « Temps pluvieux [encore !] mais très beau jardin, très agréable, fleuri, et l’hôtel pour nous 6! Le lundi matin, levés à 6 h pour voir les hippos dans l’Aouache. » J’insiste un peu sur ces bons moments pour bien faire comprendre que tout n’était pas toujours « tragique » en Ethiopie pour les coopérants que nous étions .Ces 2 jours à Koka succédaient à une journée à Shashamane (hôtel-restaurant installé dans une ancienne demeure, paraît-il, du Négus : « Un paysage superbe dominant la région et le lac Awasa au loin.Nous nous sommes baignés dans une source chaude !»Nous trouverons l’hôtel fermé quelques mois plus tard (lettre du 24.11.77)en y passant avec Hubert et J-Noël…Au cours de ce même voyage avec nos 2 amis, nous avons constaté également que la piscine alimentée par une source chaude à Sodéré où nous nous étions finalement arrêtés, faute de pouvoir le faire à Koka, avait été vidée…2 signes flagrants de la dégradation de la situation politique et militaire ! C’est au cours de ce voyage qu’au bord du lac Abyata,nous nous sommes fait dérober quelques effets (voir plus haut) « pendant que nous prenions en photo flamants roses et pélicans ». Je suis maintenant en mesure de préciser (même lettre du 2411.77) que J-Noël avait « perdu » dans l’aventure, outre un pantalon, un petit transistor (celui là même qu’on me voit écouter sur une photo prise par l’un d’entre nous mais non visible sur le site ?) et Hubert une petite somme d’argent.Nous, quelques vêtements dont les 2 glorieux trophés déjà évoqués! Mon commentaire : « Yveline en a fait une maladie et Hubert n’était pas joyeux non plus ! Nous avons porté plainte à Nazareth, puis à Addis [aucun souvenir de cela…] mais sans espoir ! [effectivement !]. Le lendemain matin, Yveline avait pu voir « un super croco sur les bords de l’Aouache pendant que, moi, je guettais [désespérément] un baillement d’hippo ! ».Bons et moins bons moments mais, somme toute, de bons souvenirs !

  13. Pingback: EPILOGUE – QUIZ | MON GRAND VOYAGE – MY GREAT TRIP: ETHIOPIE – ETHIOPIA 1976-78

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